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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)47

bétail 98. Mais si l'on tient compte des nouveaux prix des esclaves à partir de 1860 et de la baisse des cours du sucre de quelque 50 % entre 1850 et 1880 99, il apparaît que ces bénéfices et revenus annuels connurent une récession de moitié de leur valeur 100. En 1860, un appareil de concentration sous vide "Derosne" valant 50 000 pesos et chaque centrifugeuse représentant la somme de 10 000 pesos 101, leur achat fut impossible par les propriétaires d'habitations de taille réduite. Les planteurs connaissaient une autre cause de hausse des coûts de production : ils payaient aux banquiers et marchands espagnols ou créoles de forts taux d'intérêt sur le capital nécessaire à l'achat de terres, d'esclaves ou à la continuation des travaux de leurs manufactures. Venait encore s'ajouter la hausse des prix du transport des récoltes jusqu'au point de vente, les habitations se déplaçant vers l'intérieur de l'île.

En fait, le problème qu'affrontaient les planteurs créoles était celui de la distribution du capital dans les unités semi-mécanisées. Les sommes allouées à l'achat et au loyer des terres, au remplacement des esclaves étaient devenues plus importantes lors de l'adoption de la vapeur comme force motrice des moulins ; ces sommes pouvaient parfois s'élever jusqu'à 80 % du capital investi dans les propriétés 102. La hausse du prix des esclaves accentuait cette tendance. Ce ne fut donc pas, comme voulurent le faire croire les partisans de l'esclavage, la fuite des capitaux financiers devant de possibles mesures abolitionnistes espagnoles qui paralysa la transformation des plantations de l'île durant les années 1850-1880, mais plutôt la composition du capital dans les plantations semi-mécanisées qui engendra une baisse des profits, accélérée par la hausse des prix des esclaves.

Les planteurs tentèrent d'abaisser les coûts de production. Les coûts de maintien des plantations ne pouvaient être réduits. L'exploitation des esclaves avait conduit à la suppression des jardins alloués traditionnellement aux cultures vivrières ; une large portion des produits nécessaires à la subsistance de la main-d'œuvre devait être importée. Farine, viande séchée, poisson, caisses et futailles, tissus, outils étaient envoyés en quantités croissantes vers le port de La Havane, tandis que les coûts de maintien des esclaves croissaient. En 1845 un porte-parole du gouvernement espagnol 103 avait estimé à 70 pesos la limite du coût de maintien annuel d'un esclave : au-delà de cette somme un planteur ne retirait plus aucun bénéfice de son entreprise et préférait cesser son activité économique.

Les planteurs tentèrent d'améliorer la productivité du secteur agricole. Un agronome devint célèbre pour ses violentes adresses aux planteurs, à qui il

98 C. Madán, Llamamiento de la Isla de Cuba y la nación española, p. 11-15. Voir annexe 2.

99 M. Moreno Fraginals, "Desgarramiento azucarero e integración nacional", Revista de la Casa de las Américas, n° 62, septembre 1971.

100 Voir annexe 3.

101 J. de la Pezuela y Lobo, Diccionario geográfico, estadístico, Histórico de la Isla de Cuba, p.60.

102 M. Moreno Fraginals, El ingenio, complejo económico y social cubano del azúcar, p. 13.

103 V. Vásquez Queipo, Informe fiscal sobre el fomento de la población blanca y emancipación progresiva de la esclava en la Isla de Cuba, p. 19.

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