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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)48

reprochait leurs "barbares méthodes" de culture de la canne à sucre. Les conditions pour l'obtention de meilleurs rendements agricoles sur des terres usées semblaient être réduites aux yeux des différents agronomes qui écrivirent entre 1860 et 1880 : sol ameubli et épandage d'engrais 104. À la base de ces pratiques, était l'usage de la charrue 105 dont Alvaro Reynoso démontra les avantages en décrivant :

la nécessité et la facilité de remplacer l'usage brutal de la force humaine par l'emploi de divers instruments aratoires tirés par des animaux, ce qui permettrait une exécution plus parfaite, plus régulière et plus rapide des travaux 106.

Sans labour, l'aération des matières souterraines ne se faisait pas et l'alternance des pluies et des sécheresses durcissait le sol. Les plants de cannes fichés en terre ne se développaient pas, donnaient naissance à des cannes rachitiques et pauvres en sucre. Suivant Alvaro Reynoso, l'emploi du labour permettait en sus d'un tracé profond des sillons et de l'aération des sols, une plus grande facilité des soins à donner à la canne durant sa croissance : sarclage, buttage, arrosage. De même, les opérations de coupe, levée et transport étaient plus aisées grâce à la rectitude des sillons. Les conseils des agronomes furent lettre morte, Alvaro Reynoso ne fut pas l'unique agronome qui ne fut pas entendu comme le rapporta Ramón de la Sagra 107 :

À Antigua, on a introduit une charrue d'un prix assez modique ; mais les Nègres s'opposent à cette invention, de sorte qu'avec les instruments perfectionnés on est obligé de faire venir d'Angleterre et d'Écosse des laboureurs qui sachent les employer, ce qui en renchérit considérablement l'adoption.

Pour les planteurs, les nouvelles méthodes impliquaient des dépenses non compensées par une hausse des rendements. Le principe de la multiplicité des emplois des esclaves resta en vigueur. En effet 108 :

les esclaves étaient un capital à plusieurs emplois. En leur adjoignant des outils de peu de prix, ils pouvaient travailler à de nombreuses tâches très diverses : labourer avec la houe, sarcler, couper la canne, approvisionner les moulins, ensacher le sucre, conduire

104 Peuvent être cités les ouvrages de N. Basset et A. Reynoso déjà mentionnés et celui de M. Wray (Manuel du planteur de canne à sucre).

105 R. de la Sagra, Histoire politique et physique de l'île de Cuba, p. 397. Cet auteur décrit la charrue employée à l'époque : "la charrue est la plus imparfaite que l'on connaisse, elle ressemble à celle dont on se sert encore en plusieurs provinces d'Espagne et en quelques départements de la France. C'est une espèce de crochet avec un soc cannelé et pointu, plus deux morceaux de bois placés sur les côtés que l'on appelle oreilles ; le timon est long et tout d'une pièce jusqu'au joug des animaux, sans couteau ni versoir. Cet instrument ne fait que gratter la terre à une profondeur plus ou moins grande, mais ne la retourne pas." Cet outil était loin du modèle prôné par Alvaro Reynoso, qui désirait introduire à Cuba des charrues comportant trois couteaux pour obtenir des sillons profonds, deux déversoirs pourvus de couteaux afin de briser les mottes de terre et un rabot de raies afin de scarifier le sous-sol.

106 A. Reynoso, Ensayo sobre el cultivo de la caña de azúcar, p. 97.

107 R. de la Sagra, Histoire politique et physique de l'île de Cuba, p. 399.

108 D. Hall, "Slaves and Slavery in the British West Indies", Social and Economic Studies, vol. II, n° 4, septembre 1968, p. 308-309.

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