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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)50

l'Angleterre, l'abolition devait être décrétée, elle ne le fut pourtant qu'en 1880.

Deux séries de raisons poussèrent les planteurs à refuser l'émancipation de leur main-d'œuvre esclave. Les commentateurs de l'époque les exprimèrent avec acuité ; citant comme exemple la Jamaïque, Cristobal Madán écrivit 110 :

Depuis que le système d'apprentissage a été promulgué, repoussant l'affranchissement total des esclaves à la date de 1840, ceux-ci se considèrent comme des hommes libres […]. Le maître et l'esclave se trouvèrent en lutte ouverte ; disparu le prestige du premier, le second rompit ses liens de subordonné, refusa de travailler et désira imposer ses conditions ; l'agriculture traversa des moments critiques car il était impossible de contenir les effets des nouveaux droits que la loi reconnaissait aux esclaves […]. Du système d'apprentissage le pas à l'affranchissement total fut rapide et inévitable, et le cadre qu'offre aujourd'hui la Jamaïque, autrefois opulente et heureuse, nous démontre à quoi mène l'émancipation des Noirs. Sa décadence matérielle, intellectuelle et morale est un fait reconnu par tous.

Cet adversaire de l'affranchissement des esclaves apportait des chiffres à l'appui de ses réflexions, mettant en garde ses compatriotes :

De 1832 à 1850, 150 plantations ont été abandonnées ainsi que 500 caféières provoquant le chômage de 60 000 travailleurs et l'abandon de 400 000 acres de terre. Les exploitations rurales se vendent avec difficulté pour 3 à 5 % de leur valeur à la date de l'émancipation 111.

L'Angleterre avait décrété l'affranchissement des esclaves de ses colonies en 1833. Les Créoles de Cuba avaient observé la situation jamaïcaine durant les années 1830 et 1840 et en avaient retiré quelques leçons. Les autorités madrilènes furent averties des dangers de l'abolition de l'esclavage 112 :

[…] j'envoie à Votre Excellence par ordre de la reine, une copie et traduction d'un rapport envoyé par Lord Grey, ministre des Colonies en Angleterre, au gouverneur général de la Jamaïque et celles d'un article du Morning Chronicle traitant tous deux du besoin de main-d’œuvre dont souffre actuellement cette colonie anglaise […] Il y a longtemps que l'on recevait des nouvelles effrayantes de l'état dans lequel s'est trouvée réduite l'industrie anglaise dans ses colonies occidentales à la suite de l'émancipation des Noirs. Le Noir libre qui n'eut point d'autre stimulant que celui de ses propres besoins très limités, se laissa dominer par la paresse qui est caractéristique de sa race et termina par travailler si peu que de jour en jour l'industrie de ces îles où l'esclavage a disparu, périclita faute de travailleurs.

José Antonio Saco se fit l'écho de cette explication 113 :

110 C. Madán, Llamamiento de la Isla de Cuba y la nación española, p. 109-110.

111 C. Madán, Llamamiento de la Isla de Cuba y la nación española, p. 115.

112 Biblioteca nacional de Madrid, sala de manuscritos. Comunicaciones cambiadas entre las autoridades de la Península y las de la Isla de Cuba sobre trabajadores negros esclavos y libres, sobre abolición de la esclavitud en las colonias inglesas y sus resultados, n° 13856, 29 novembre 1847.

113 A. Saco, l’Esclavage à Cuba.

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