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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)53

république noire. Aucune métropole ne pouvant résister à de telles raisons prônées par le groupe économique le plus puissant de la colonie, l'Espagne tergiversa durant vingt nouvelles années sur la question de l'abolition de l'esclavage à Cuba malgré les attaques persistantes des puissances européennes.

Désorganisation de l'économie de plantation et revendications égalitaristes, telles paraissaient être les deux faces de l'émancipation des esclaves. Dans l'esprit des planteurs, seule une abolition progressive et contrôlée permettrait d'éviter ces deux dangers. À Cuba, l'équilibre politique reposait sur des pourcentages : en 1860, la moitié de la population était blanche, 20 % était composé d'hommes de couleur libres et 30 % d'esclaves. Toute mesure ou activité politique tendant à faire prendre conscience de sa force à la masse de couleur était considérée comme périlleuse ; un ordre du gouvernement supérieur civil de 1845 l'illustre 119 :

J'ai ordonné que ne soit réimprimée dans aucun journal de l'île la loi sur la répression de la traite des Noirs afin d'éviter que la nouvelle se répandant dans les campagnes et les villages, ne cause des effets nuisibles à la tranquillité et à la sécurité de ce territoire, tout spécialement parmi les gens de couleur libres ou esclaves.

Toute référence au combat mené par les autorités anglaises contre la traite était subversive, Cuba étant un territoire assiégé par les idées abolitionnistes dont Madán une fois encore montra les périls 120 :

Pour autant que l'institution de l'esclavage répugne à des hommes non accoutumés à elle, il faut savoir concilier les intérêts existants [...] avec les sentiments philanthropiques de ceux qui voudraient voir cette institution disparaître. Ce règlement [abolition par l'Angleterre] dicté avec la plus saine intention peut bien être l'étincelle qui mette le feu à l'île de Cuba.

Cette frayeur était accentuée par une fraction des Cortes, le parlement madrilène, qui affirmait que Cuba serait espagnole ou africaine. Seules l'autorité et l'armée métropolitaines pouvaient protéger les Créoles de l'influence d'un courant abolitionniste. Vasquez Queipo, dans un rapport sur l'état de l'île en 1850, proposait une solution au danger de l'africanisation de Cuba 121 :

Le rapporteur ne proposera pas l'expulsion en masse des éléments de couleur libres mais recommandera aux tribunaux que les peines imposées aux criminels de couleur soient commuées en extradition, ce qui présenterait le double avantage de diminuer la population de couleur et celle des individus les plus dangereux en son sein...

Afin de demeurer au pouvoir, les grands planteurs qui dominaient la vie politique de la colonie refusaient l'abolition de l'esclavage et l'adoption d'un

119 Archivo histórico nacional, Sección - Ultramar-Cuba, legajo 3551, Madrid, 26 avril 1845.

120 C. Madán, Llamamiento de la Isla de Cuba y la nación española, p. 89-90.

121 V. Vásquez Queipo, Informe fiscal sobre fomento de la población blanca y emancipación progresiva de la esclava en la Isla de Cuba, p. 59-60.

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