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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)54

système de travail libre. Ils se trouvaient face à un dilemme. Pour entrer en compétition avec les producteurs de sucre européens, ils devaient mécaniser leurs sucreries. Ils ne le pouvaient pas, croyaient-ils, faute de liquidités financières et d'ouvriers capables de manier les appareils européens. Seule une autre forme d'organisation de la production sucrière, basée sur un système de travail salarié meilleur marché que le travail esclave, leur permettrait de réaliser les investissements industriels et agricoles requis par la mécanisation. Mais pour cela fallait-il encore que deux conditions soient remplies : que d'une part, une indemnité soit versée aux propriétaires d'esclaves affranchis qui disposeraient ainsi de capitaux financiers pour continuer leur activité économique, et que, d'autre part, il existât dans l'île une réserve de main-d’œuvre à bon marché. Ces deux conditions n'étaient pas remplies à Cuba durant les années 1850-1860. Toute abolition était synonyme de disparition pour les planteurs, qui refusèrent la suppression du travail esclave.

3.Le colonat

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Si l'abolition de l'esclavage n'était pas décrétée, quelles solutions s'offraient afin de maintenir la compétitivité de la production sucrière créole ?

Les plantations de moindre importance disparurent. Les producteurs qui ne purent faire face aux emprunts contractés auprès des courtiers et des banques firent faillite ; de 1860 à 1877, le nombre des plantations passa de 2 000 à 1 190 122. D'autres planteurs, généralement propriétaires de domaines de plus de 10 caballerias et d'ateliers de plus de 100 esclaves renoncèrent à la mécanisation des sucreries et purgeries. Deux faits se combinèrent pour obliger ces planteurs à l'abandon progressif de la fabrication du sucre. L'impossibilité d'acheter de nouveaux esclaves trop coûteux les conduisit à liquider les phases de la production qui exigeaient une abondante main-d’œuvre. Ce fut la nouvelle "recette miraculeuse" que décrit Moreno Fraginals en ces termes 123 :

on commence à sacrifier une partie du flux productif dans l'espoir de faire survivre une manufacture de dimension de plus en plus réduite. Accepté dans ses dernières conséquences, cela signifiait transférer les esclaves de la partie manufacturière aux canneraies. La manufacture se dévorait elle-même.

Les planteurs pensaient atténuer leur déficit de main-d'œuvre, faire baisser leurs coûts de production et éviter la concurrence avec les sucres européens raffinés. Ce fut à ce point qu'intervint un second fait : l'ouverture du marché de la mélasse aux États-Unis. Ces derniers s'intéressaient au produit créole en tant que matière première des nouvelles usines de raffinage qui s'établissaient sur la côte

122 R. Guerra y Sánchez, Azúcar y población en las Antillas, p. 56.

123 M. Moreno Fraginals, "Desgarramiento azucarero e integración nacional", Revista de la Casa de las Américas, n° 62,1971, p.15.

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