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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)55

est. La possibilité d'exporter de la mélasse vers l'Amérique du nord, alors que les marchés européens se fermaient, favorisa la récession technique de manufactures. La désintégration d'une fraction de l'industrie sucrière s'effectua progressivement. Dans ces unités, la purge du vesou durait quelque trente jours dans les années 1830, elle ne dépassait pas une dizaine de jours après 1840 et disparut entre 1860 et 1870. La main-d’œuvre esclave fut déplacée vers le secteur agricole. Ces habitants produisirent un sucre non raffiné, mais l'évolution de l'industrie sucrière créole allait les réduire à devenir exclusivement des producteurs de canne à sucre.

Les grands planteurs ne capitulèrent pas devant la concurrence européenne et cherchèrent des solutions. Un rapporteur auprès du gouvernement madrilène écrivit dès 1845 124 :

Supposons qu'on ne puisse obtenir un sucre de la qualité parfaite obtenue avec les grands, coûteux, et complexes appareils qui s'emploient désormais [...] on ne peut douter qu'il est très facile pour des petits propriétaires d'obtenir du sucre non raffiné à moindre coût, comme cela se pratique en Inde et aux Philippines. Comment la Commission royale (la Junta Real) peut-elle ignorer qu'il a existé et qu'il existe actuellement dans l'île, quelques petites plantations qui vendent leur sucre à l'état non raffiné ?

Certainement qu'elles n'en retirent pas les profits qu'en retirent les grands planteurs […]. Mais, tout bien examiné, et tenant compte des importants capitaux investis, peut-être ces derniers ne retirent-ils pas des profits aussi grands que les petits propriétaires. En effet, c'est un principe sûr et constant que rien ne favorise tant l'industrie que la division du travail ; de même qu'il est certain que rien ne lui nuit autant que le désir de concentrer en un seul établissement les diverses opérations de la production. Comment aurait prospéré aussi vite l'industrie cotonnière si chaque fabricant s'était vu obligé à construire ses machines, à carder, filer, tisser et teindre ses toiles ? Pourquoi, dès lors, les pays producteurs de sucre, ou mieux dit les propriétaires de plantation ne se limiteraient-ils pas à produire en grande quantité et à bon marché, la matière première brute, laissant à l'industrie proprement dite, le soin de raffiner et d'améliorer ses produits ?

Les propriétaires des plantations, même au nombre des plus grands, ne pouvaient sans difficultés financières supporter à la fois le poids des investissements dans le secteur manufacturier et la charge d'une main-d’œuvre agricole nombreuse et chère. Une éventuelle division du travail les libérerait en partie de ce dernier souci. Une part des cannes moulues pouvait être récoltée sur les terres de propriétaires ayant fermé leurs sucreries faute de les mécaniser. Si les deux secteurs de l'habitation traditionnelle ne pouvaient plus être rentablement associés, ils pouvaient être séparés. Un nouveau type de producteur allait

124 V. Vásquez Queipo, Informe fiscal sobre fomento de la población blanca y emancipación progresiva de la esclava en la Isla de Cuba, p. 43-44.

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