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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)56

apparaître, le "colon" 125 : il planterait la canne à sucre sur ses terres et transporterait ses récoltes jusqu'à l'unité industrielle de raffinage la plus proche. Comme paiement de l'opération d'extraction il remettrait une part du produit obtenu au fabricant de sucre et disposerait du reste à sa convenance, le vendant lui-même. Cet agriculteur demeurerait un producteur indépendant ; la taille de son exploitation pourrait être celle des habitations traditionnelles au début du XIXe siècle, quelque 5 à 10 caballerias soit 67 à 134 ha, ou serait de moindre dimension. Le système du "colonat 126 semblait la solution la plus favorable aux intérêts des grands et moyens propriétaires, bien qu'il accentuât le clivage entre ces deux groupes. Il permettait aux premiers de moderniser leurs unités de production sans connaître le naufrage économique et politique, il offrait aux seconds la possibilité d'être inclus dans ce processus de modernisation. Tandis que le poids de la main-d'œuvre agricole passait sur les épaules des "colons", les capitaux des grands planteurs étaient dirigés vers le secteur industriel plus rentable. Ainsi, malgré une baisse de rentabilité, le système de travail esclave pouvait être maintenu et le pouvoir des planteurs ne pas être menacé.

Dans l'économie de plantation sucrière esclavagiste où des techniques de fabrication industrielle devaient être introduites, où la main-d'œuvre agricole faisait défaut, où les capitaux étaient aux mains d'une minorité de planteurs et de leurs protecteurs politiques métropolitains, où le passage au système de travail salarié était retardé afin de maintenir l'équilibre social et politique existant, le "colonat" apparut comme une solution possible. Mais, si des petits planteurs et paysans devinrent des colons d'usines mécanisées dès 1860, la transformation des propriétaires d'unités semi-mécanisées en colons s'opéra sur une période de plus de vingt ans. Durant ces années, les grands planteurs qui mécanisèrent leurs sucreries durent faire face à un besoin croissant de main-d'œuvre agricole et industrielle, alors que la main-d’œuvre esclave se raréfiait.

125 Colono en espagnol. Ce terme prête à confusion, car il désigna de tradition dans les territoires coloniaux espagnols des Amériques tout homme blanc s'établissant comme exploitant agricole. Il sera de surcroît utilisé au XIXe siècle pour désigner à la fois les producteurs de canne à sucre dépendant d'une unité mécanisée et les travailleurs sous contrat.

126 Colonato en espagnol, La traduction par "colonat" a été choisie, afin d'éviter toute confusion avec le terme de coloriage plus souvent utilisé dans les systèmes de plantation des Antilles françaises et des Mascareignes. Le colonage comporte un contrat de métayage et un contrôle du propriétaire sur la direction de l'exploitation. Le colon à Cuba demeurait un producteur indépendant, propriétaire de ses terres et récoltes.

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