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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)58

En 1860, une solution fut proposée par la Cour de Madrid qui se heurta à un refus amusé des planteurs : celle de renvoyer dans les plantations les esclaves domestiques. Les maisons des grands planteurs comprenaient jusqu'à trente esclaves, dont la productivité était certes discutable. Hormis le fait que ces quelque 20 000 esclaves n'auraient pu résoudre le problème du déficit de main-d'œuvre, l'Espagne semblait vouloir oublier le prestige attaché à la possession de larges groupes d'esclaves domestiques dans une société où tout travail manuel était méprisé. La proposition fut repoussée. À Puerto Rico, les planteurs affrontaient à la même époque une situation semblable : la main-d’œuvre esclave ne suffisait plus aux besoins de leur industrie. Ils déplacèrent la paysannerie qui vivait de cultures non sucrières sur les plateaux intérieurs de l'île. Par la force de la loi, ces paysans furent obligés à venir travailler dans les plantations établies sur les terres côtières 129. Pourquoi les planteurs de l'île de Cuba n'adoptèrent-ils pas la même politique à l'égard des Guajiros 130, dont les plus pauvres se dirigeaient vers les plantations lors des récoltes ?

Certains planteurs étaient pourtant favorables à une semblable solution à Cuba :

Cette population se dédie à la culture de ce qu'on connaît à Cuba comme celles des fruits mineurs, tels que le maïs, les bananes, le manioc, les patates douces et autres tubercules et légumes qui constituent l'alimentation des esclaves des plantations et de la majorité des habitants des campagnes. À cette population appartiennent les individus qui, désignés sous le nom pittoresque de guajiros, passent la majeure partie de l'année, à cause du rare travail qu'exigent ces cultures, à parcourir les chemins à cheval, la machette à la ceinture, à assister à des combats de coq et à marauder parfois pour subvenir plus aisément à leurs besoins et vices. En cette population, les propriétaires de plantations, trouveraient un élément excellent, qui, leur économisant un nombre considérable de bras, augmenterait le rendement de leurs récoltes de cannes, et de plus cette population réunie dans les exploitations où se trouvent de nombreux esclaves, serait en même temps utile à l'obéissance de ces derniers, le jour de leur émancipation 131.

Une législation appropriée aurait transformé cette main-d'œuvre peu laborieuse en main-d'œuvre permanente provoquant une baisse des salaires. Il faut savoir que 400 000 Blancs s'adonnaient à des tâches agricoles à Cuba en 1860. Mais les lois permettant l'expropriation systématique de la paysannerie créole ne furent pas adoptées. Seuls, quelques paysans furent chassés de leurs terres par l'extension des plantations à l'intérieur de l'île, comme le fit remarquer José Antonio Saco 132. L'afflux possible de main-d’œuvre libre blanche ne fut pas un argument assez fort pour faire oublier aux planteurs créoles les dangers qu'il comportait : on ne comptait qu'un Blanc pour chaque esclave dans les années 1840-1860. Sans la

129 S. Mintz, Caribbean Integration, p. 82-94.

130 Nom espagnol pour désigner les paysans à Cuba.

131 F. Figuera, Estudios sobre la Isla de Cuba, p. 22-23.

132 J. A. Saco, Historia de la Esclavitud de la raza africana en el Nuevo Mundo, p. xxvii.

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