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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)59

paysannerie créole, les planteurs auraient été fortement minoritaires. La situation à Puerto Rico était différente car on y comptait quatre Blancs pour chaque esclave.

En outre, à une époque où l'entretien des esclaves subissait une forte hausse, cette paysannerie remplissait la fonction appréciable d'approvisionner à de meilleurs prix que le marché extérieur une part des plantations. En 1830, des 25 732 caballerias exploitées, 5 000 étaient allouées à des cultures dont les produits étaient destinés aux plantations. Ces terres étaient aux mains de paysans 133. Dans les années 1860, la situation n'avait guère changé, une partie de la paysannerie établie à l'ouest de l'île était intégrée au système de plantation et permettait une exploitation accrue des esclaves. La réserve de main-d’œuvre ne fut donc pas utilisée et la hausse du prix du travail ne s'arrêta pas. En 1860, les journaliers agricoles recevaient des salaires de 30 pesos 134, ce qui représentait une différence de coût de quelque 80 à 100 % avec l'entretien d'un esclave. Les salaires perçus par les ouvriers européens à la même époque donnent une échelle de comparaison. En France, en 1850, un ouvrier recevait un salaire équivalent à 12 pesos, et un journalier agricole ne pouvait prétendre à plus de 2 ou 3 pesos par mois. Merivale cita comme normaux des salaires ouvriers de dix shillings hebdomadaires, soit 150 pesos par an 135. Aux États-Unis, pays des plus hauts salaires de l'époque, un ouvrier industriel ne gagnait guère plus de 15 pesos par mois. Ces salaires n'incluaient pas le logement et l'entretien des ouvriers comme ce, fut le cas à Cuba. Pérez de la Riva 136 considère qu'en valeur absolue les salaires agricoles de Cuba étaient trois à quatre fois supérieurs aux salaires industriels européens. Si l'on tenait compte du pouvoir d'achat de la monnaie, la différence était réduite de moitié.

La solution au problème de la main-d'œuvre ne pouvant être trouvée à l'intérieur de l'île, elle devait provenir de l'extérieur. Dès 1837, des planteurs avisés avaient conseillé aux autorités coloniales de favoriser l'immigration blanche espagnole. Cette idée s'était heurtée au refus des marchands espagnols intéressés à la traite des Noirs. Le conflit entre négriers et planteurs s'amorça. Quelques années plus tard, Madden affirma que le coût d'un salarié serait inférieur à celui d'un esclave 137. Vásquez Queipo, au nom des partisans de l'esclavage, répliqua que le travailleur libre coûterait deux fois plus cher que l'esclave 138. Il est cependant curieux de voir comment ces deux adversaires se réconciliaient sur un point : ils prenaient comme base de calcul des salaires de nouveaux immigrants la somme mensuelle de 10 pesos, les frais de maintien et de logement devant être ajoutés.

133 R. Guerra y Sánchez, Manual de historia de Cuba, p. 307.

134 J. Pérez de la Riva, "La contradicción fundamental de la sociedad colonial cubana : trabajo esclavo contra trabajo libre", Economía y desarrollo, n° 2, 1970, p. 146.

135 Ibid., p. 147.

136 J. Pérez de la Riva, "La contradicción fundamental de la sociedad colonial cubana : trabajo esclavo contra trabajo libre", Economía y desarrollo, n° 3, 1970, p. 147, note 14, voir annexe 4.

137 R. R. Madden, The Island of Cuba, its Resources, Progress and Prospects, p. 36-37. Voir annexe 5.

138 V. Vásquez Queipo, Informe fiscal sobre fomento de la población blanca y emancipación progresiva de la esclava en la Isla de Cuba, p. 23.

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