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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)60

Acceptons sans preuve que la propension de ceux-ci (les travailleurs immigrés) au travail, comparés à l'indolence inévitable des esclaves, compense la moindre robustesse de la race blanche sous le climat tropical, compense encore le nombre d'heures inférieur qu'ils peuvent travailler, qui ne peut dépasser huit par jour, soit la moitié de celles que passent les esclaves à travailler durant la récolte [...]. Même dans ces conditions, il est indubitable [...] qu'est obligatoire un salaire plus important que celui alloué aux esclaves en location. Le loyer de ceux-ci qui peut atteindre 15 à 17 pesos lorsqu'ils possèdent quelque qualification, peut être fixé pour de simples journaliers à 10 pesos mensuels soit 120 à l'année, sans compter l'alimentation, le logement et les frais médicaux. On devrait donc estimer à 12 pesos au moins le salaire d'un péon blanc, néanmoins admettons qu'il soit de 10 pesos comme le loyer d'un esclave 139.

Ces salaires de 10 pesos semblaient représenter le seuil acceptable car ils étaient en valeur absolue égaux aux salaires européens. Un péon galicien pouvait être attiré par de telles sommes, les salaires agricoles atteignant à peine 5 pesos mensuels dans cette province espagnole en 1846 140.

Avant de vaincre les adversaires de l'immigration blanche les planteurs devaient résoudre un problème ardu : comment obliger un homme libre à recevoir un salaire inférieur à celui payé à l'ensemble des travailleurs de l'île. Les nouveaux immigrés allaient déserter les plantations aussitôt que possible, afin de rechercher les tâches mieux rémunérées. Cristobal Madán, lui-même planteur, exprima cette préoccupation à sa manière.

Les salaires, comme toutes choses, ont leur prix fixé par la loi de l'offre et de la demande, et aucun moyen artificiel ne peut les faire monter ou descendre ; on amènera, si l'on veut, à grand coût des péons employés dans d'autres pays à un coût moindre que dans le nôtre ; mais très vite, ces péons refuseront de travailler, ou travailleront mal, ou abandonneront le pays 141.

En d'autres termes, seule la coercition pouvait obliger un immigrant libre à rester attaché à une plantation et à recevoir un salaire à peine égal à celui d'un esclave loué par son maître. Telle fut l'origine des contrats que les nouveaux immigrés durent signer avant de s'embarquer pour Cuba. Ces contrats attachaient par la force de la loi les nouveaux arrivés à un patron. Ce dernier leur devait salaire et entretien durant une période de cinq à huit ans. Ce système permettait aux planteurs d'obtenir une main-d’œuvre libre qui recevait de bas salaires et ne pouvait quitter la plantation avant la fin du contrat. Il permettait d'amorcer le procès de substitution de la main-d’œuvre libre à la main-d’œuvre esclave comme le virent avec regret les partisans de l'esclavage :

139 Ibid., p. 20-21.

140 J. Pérez de la Riva, "La contradicción fundamental de la sociedad colonial cubana : trabajo esclavo contra trabajo libre", Economía y desarrollo, n° 2, 1970, p. 147, note 13.

141 C. Madán, Llamamiento de la Isla de Cuba y la nación española, p. 49.

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