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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)61

Le grand manque de bras fut pris comme raison de l'introduction de bras libres, et néanmoins on n'use point le mot "ajouter" parlant de ces nouveaux aides, ce qui aurait calmé l'anxiété publique qui existait ; on usa à la place le mot "substituer" 142.

La solution au problème de la cherté de la main-d'œuvre libre dans un territoire colonial peu peuplé avait été enfin trouvée ; elle porta le nom de "colonisation" et correspondait au vieux projet d'importer de la main-d’œuvre bon marché dans les colonies ; il s'agissait d'une simple entreprise d'importation de Blancs.

Une longue série d'essais fut tentée afin d'attirer des Européens à Cuba. En 1837, Dau avait présenté un projet d'immigration de paysans européens, qui fut refusé : une des clauses du contrat des futurs arrivés leur permettait de s'établir comme paysans indépendants après quelques années de service dans les plantations. En 1838, un planteur créole demanda, à titre individuel, le droit d'amener de Castille 30 à 40 péons ; sa proposition fut rejetée par les autorités castillanes qui affirmèrent que leurs citoyens n'étaient pas vils au point de travailler côte à côte avec des esclaves 143. Entre 1840 et 1845, arrivèrent deux contingents d'immigrants blancs ; ils étaient originaires des îles Canaries, de Catalogne et d'Irlande. Mais leurs conditions de vie furent si misérables qu'ils s'enfuirent et trouvèrent des emplois mieux rémunérés dans les villes. Un nouvel essai fut fait auprès de paysans galiciens ; en 1853, la peste et la famine sévissaient en Galicie et étaient autant d'alliés des planteurs. Ils remirent au capitaine général de l'île un "plan de grande importation de colons pauvres" qui devaient quitter leur province par les ports de Santander et de Bilbao. 2 000 Galiciens arrivèrent, puis le flot s'arrêta. Leur départ était sujet à maintes plaintes de la population qui empêcha la sortie des navires vers Cuba. La description des conditions de vie des émigrés était parvenue jusqu'aux ports Cantabriques. Ils recevaient 6 pesos par mois et étaient astreints à de dures tâches durant cinq ans. La plupart d'entre eux désertèrent. La colonisation blanche se soldait par un échec. La situation économique de l'île offrait trop de possibilités d'emplois hautement rémunérés aux colons sous contrat qui s'enfuyaient.

Les planteurs perplexes tirèrent deux leçons de cette expérience infructueuse : les clauses des contrats devaient lier de manière plus restrictive les immigrés à leur lieu de travail ; l'immigration d'hommes blancs était impossible, la conscience de leur droit à la liberté de mouvement faisait de toute tentative de travail forcé un échec. D'autre part, les partisans de l'esclavage lancèrent une âpre critique : l'image de l'homme blanc était avilie par le spectacle de ces immigrés traités très souvent comme des esclaves. Vásquez Queipo vint une fois encore défendre la logique du système esclavagiste, affirmant qu'il était impossible, quelles que soient les mesures adoptées, que des hommes libres fussent commandés par le fouet comme des esclaves 144.

142 C. Madán, Llamamiento de la Isla de Cuba y la nación española, p. 64.

143 D. Delmonte, Escritos de D. Delmonte, p. 147.

144 Cité par C. Madán, Llamamiento de la Isla de Cuba y la nación española, p. 43.

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