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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)62

Il fallait donc écrire des contrats plus coercitifs et surtout trouver une nouvelle réserve de main-d'œuvre qui présentât les mêmes caractéristiques que la force de travail esclave : absence de protection par une nation occidentale, population nombreuse dont la culture fut suffisamment différente pour que toute tromperie soit acceptée par les travailleurs lors de la signature du contrat et toute résistance exclue de leur part une fois débarqués à Cuba. Les planteurs cherchèrent des hommes en Abyssinie, en Égypte et en Polynésie. Ces travailleurs devaient demeurer sept ans dans l'île et être rapatriés après paiement de leurs salaires. Ces contrats restèrent lettre morte, ces immigrants que les Créoles avaient dénommés "Turcs", ne virent pas les côtes de Cuba 145. Il en fut autrement des prisonniers de guerre indiens vendus par les grands propriétaires du Yucatan aux marchands créoles. Dès 1844, ils commencèrent à être débarqués dans l'île. Engagés pour une période de huit ans, ils reçurent des salaires mensuels de 4 pesos. La limite de 10 pesos mensuels proposés pour les immigrants blancs avait été abaissée jusqu'au seuil jugé le plus acceptable par les gouvernements européens. Des querelles intestines entre marchands mexicains et autorités gouvernementales rendirent ce trafic difficile. 1 047 Yucatèques touchèrent le sol de Cuba de 1844 à 1861, date à laquelle l'immigration prit fin 146. Faute d'autres possibilités, le recrutement de travailleurs cantonais s'imposait, il semblait ne devoir se heurter à aucun obstacle, hormis celui de la distance entre la Chine et les Antilles. Le delta des Perles paraissait propice aux vues des planteurs, il était surpeuplé et en proie à une crise politique. D'autre part, les sujets chinois étaient ignorants des coutumes créoles, de la langue espagnole et méconnaissaient l'existence de l'esclavage, les planteurs les croyaient encore des hommes dociles comme le montrent ces lignes 147 :

Nous avons besoin d'hommes qui travaillent côte à côte avec les esclaves et en cela seuls les fils d'un pays gouverné par le fouet peuvent servir. Cette qualité est trouvée chez les Chinois.

Si le nouveau moyen de suppléer au manque de main-d’œuvre était réglé, la question de la nature du contrat liant les immigrants se posa. Suivant le texte des contrats déposés aux archives de Matanzas et signés par les travailleurs chinois, ceux-ci acceptaient de "travailler dans l'île de Cuba [...] aux ordres de toute personne à qui serait transmis un contrat". Ils acceptaient de travailler à toutes les tâches coutumières du pays et acceptaient de se conformer aux salaires stipulés dans ces contrats, "bien qu'ayant connaissance du plus haut taux des salaires reçus par les journaliers libres et par les esclaves de l'île de Cuba". Les signataires étaient déclarés "juger que cette différence de rémunération était compensée par

145 Boletín de Colonización, Revista quincenal publicada por la Comisión central en la Isla de Cuba. Les numéros de 1872 et 1873 font référence à ces essais.

146 J. de la Pezuela y Lobo, Diccionario geográfico, estadístico, histórico de la Isla de Cuba. Suivant les données contenues dans les quatre volumes de cet ouvrage, des calculs peuvent être faits de la population yucatèque engagée à Cuba.

147 Suivant Feijóo de Sotomayor, cité par D. Corbitt, The Chinese in Cuba, 1847-1947, p. 10.

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