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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)63

les avantages que leur octroyaient leurs patrons tels qu'ils apparaissaient dans les contrats". Ces avantages consistaient en l'octroi d'une assistance médicale en cas de maladie n'excédant pas deux semaines, en une distribution de vivres et de vêtements, et en un logement. La quantité de vivres était fixée à deux livres et demie de tubercules et huit onces de viande salée par jour, deux tenues vestimentaires et deux couvertures étaient distribuées annuellement. Ainsi, contre un salaire de 4 pesos par mois et des avantages en nature, l'immigré chinois devait rendre à son patron tous les services demandés durant une période de huit ans, à raison de douze heures quotidiennes. Il devait encore se plier à la discipline de son employeur mais aucune clause précise ne venait préciser cette discipline. Il pouvait racheter sa liberté durant sa période de service, il lui en coûtait le prix de la cession de son contrat.

L'insolvabilité des émigrants était la justification nominale des contrats. Ne pouvant assurer le paiement de leur voyage, les candidats au départ devaient accepter de rendre certains services aux personnes qui acquittaient le coût de leur venue de Chine à Cuba. Ce système de travail sous contrat avait existé dès les premières années de la colonisation des Amériques. Les indentured servants anglais et les engagés français furent nombreux dans les Caraïbes et en Amérique du Nord entre 1630 et 1730. Ce fut toujours une caractéristique du système de travail sous contrat que les frais réels de l'agence d'émigration étaient hors de proportion avec la valeur de la force de travail obtenue. Le transfert du contrat de l'agence à l'employeur devenait un marché où les émigrés étaient cédés contre 500 pesos environ, suivant les conditions physiques et intellectuelles des individus. Contre le prix supposé de leur voyage de Macao à La Havane, les immigrants cantonais furent cédés pour huit ans de service. Le système de travail sous contrat permettait de remplir deux des exigences économiques : l'attachement de l'immigrant à un lieu de travail et l'octroi de bas salaires. En 1860, un planteur louait un esclave de 15 à 20 pesos par mois, un péon libre recevait une somme supérieure pour toute tâche agricole. Avec 4 pesos par mois, les Cantonais se virent octroyer des salaires qu'aucun planteur ou fabricant de sucre n'aurait espéré proposer à un ouvrier agricole créole. Un immigrant asiatique représenta la somme de 500 pesos, versée lors de la cession de son contrat par l'agence d'immigration, à laquelle s'ajoutait la valeur de huit ans de salaire, soit 384 pesos. L'investissement par individu était de 884 pesos pour l'employeur, un esclave dont l'espérance de vie était estimée à dix ans, valait 720 pesos à la même époque 148.

Mais la traite des Noirs devait prendre fin en 1865 et dès cette date, les travailleurs chinois constituèrent la masse de main-d'œuvre disponible la moins chère des Antilles. De surcroît, en sus de leur coût peu élevé, les Cantonais apportèrent le grand avantage de leur nombre et de leur aptitude à des travaux techniques. Le delta des Perles apparut aussi inépuisable que l'avaient été les côtes du golfe de Guinée durant les années 1760-1840. On estime à un million le nombre de Cantonais qui quittèrent la Chine de 1840 à 1870, 25 % d'entre eux gagnèrent la

148 J. Pérez de la Riva, La trata amarilla, inédit. Les calculs sont reportés en annexe 6.

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