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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)65

demande sur la terre 152. Suivant Michael Franz, un paysan chinois disposait de 3,86 en 1753 et de 1,8 en 1833 153. La population des deux provinces du Guangdong et du Fujian s'était accrue 154. Tandis que les grands lignages possédaient les moyens d'échapper à cette situation, se soustrayant au paiement des taxes et impôts, détournant les fonds de l'État par l'intermédiaire de ses membres, fonctionnaires locaux, et spéculant sur les marchandises vendues aux paysans, les petits agriculteurs devaient faire face à une misère, semble-t-il, croissante, trouver des expédients pour vivre, se transformer en fermiers, ouvriers agricoles, indigents ou émigrer vers les centres urbains dont les campagnes dépendirent de plus en plus. L'émigration d'un des membres des familles paysannes devint un moyen de faire survivre ceux qui demeuraient sur le sol natal, la rébellion armée et l'affiliation aux sociétés secrètes en furent d'autres. Ces sociétés organisèrent parallèlement au monde officiel un monde ouvert aux sans-emploi, aux artisans et paysans ruinés, aux soldats licenciés, aux petits marchands, à tous les éléments d'une population flottante (yóumín) que caractérisaient la pauvreté et la mobilité 155.

La seconde moitié du XIXe siècle verra se multiplier les actions violentes des sociétés secrètes et s'accroître leur contrôle du monde paysan et leur pouvoir dans les centres d'immigration tels que Canton, Hong-Kong, Amoy, Swatao et Macao, rendant l'action des agents centraux limitée et difficile. Seule la bourgeoisie terrienne locale put mettre sur pied un système de répression efficace, le gouvernement de Pékin n'intervint pas. L'instabilité politique aggrava les difficultés économiques. Ces troubles se traduisirent par les luttes entre clans rivaux en vue du contrôle des terres, des disputes sanglantes entre les deux groupes ethniques du delta, et alors même que les districts du sud de la province de Guangdong étaient devenus une zone de chaos incontrôlable, éclata l'insurrection Taiping (1848-1865). Fujian, Guangdong et la basse vallée du Jiangzi furent la scène où s'affrontèrent troupes impériales et rebelles. Les dépenses occasionnées par cette guerre appauvrirent encore un peu plus les masses paysannes. Rapacité des propriétaires terriens, recrudescence du banditisme qui donnait lieu au pillage des récoltes et à la levée d'impôts, pression exercée par les sociétés secrètes forcèrent souvent les villageois à trouver asile dans la métropole provinciale de Canton. Ils remplirent là toutes sortes de tâches : nettoyage de la ville, déchargement des navires ancrés, petit commerce ambulant. L'Asie du sud-est et l'Amérique devinrent alors les terres promises vers lesquelles paysans, petits artisans et indigents s'exilèrent.

152 Les pertes de population dues aux famines et guerres internes auraient été de 44 500 000 personnes. Malgré cela, le pays connut une croissance démographique.

153 M. Franz, The Taiping Rebellion, History and Documents, p. 15.

154 G. W. Skinner, Chinese Society in Thailand, an Analytical History, p. 30. Sous les Ming, la population chinoise avait connu une croissance considérable, passant de 60 millions en 1651 à 430 millions en 1850.

155 Fei ling Davis, Role and Organization of Secret Societies in the late Qing.

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