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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)68

par un décret royal du 28 décembre 1858 suspendre le trafic établi à Macao. L'arrêt ne dura qu'un an. L'Angleterre retira ses bâtiments qui jusqu'en 1858 avaient conduit des émigrés chinois à Cuba, et fut à l'origine d'une mesure similaire de la part des États-Unis lors de l'élection de Lincoln en 1861. Mais ces mesures étaient peu efficaces : à mesure que les bateaux anglais, américains, puis hollandais ne desservaient plus Cuba, les flottes française et russe prenaient le relais. De surcroît, la pénétration anglaise en Chine continuait de favoriser les projets des planteurs créoles. Finalement, en 1864, par traité, l'émigration chinoise vers les Antilles espagnoles fut légalisée.

Aussi, à partir de 1865, la Grande-Bretagne utilisa-t-elle des mesures de pression directes. Par voie de déclarations publiques et de presse, elle accusa les nations espagnole et portugaise d'organiser, sous couvert d'un courant d'émigration libre, un nouveau système de travail forcé. L'arrivée au pouvoir en 1871 d'un gouvernement libéral portugais aida la Grande-Bretagne dans sa campagne. La nomination de personnalités progressistes, sensibles aux arguments anglais, plaça les planteurs créoles dans une position précaire. En 1873, fut édicté un règlement portugais sur l'émigration, les baraques où les sujets chinois attendaient de s'embarquer à Macao devaient perdre leur caractère pénitentiaire. Les gardes armés qui les surveillaient devaient disparaître. Un nouveau consul portugais fut nommé à La Havane, le jeune écrivain socialiste José Maria Eça de Queiroz. Les travailleurs chinois embarqués à Macao obtenaient la citoyenneté portugaise et à Cuba étaient assurés de la protection de leur nouvelle patrie. Le 27 décembre 1873, le Portugal interdit officiellement le départ d'engagés sur le territoire de Macao. L'Angleterre gagna en fait deux batailles. Des consuls étrangers à Pékin convainquirent les autorités chinoises d'envoyer une mission afin d'enquêter sur la condition des Chinois résidant dans les possessions espagnoles. La mission Chin-Lan-Pin entra à La Havane le 18 mars 1874, à bord d'un navire allemand, le "Strasburg", en provenance de La Nouvelle-Orléans. Elle fit grande 156 impression dans les milieux créoles et fut décrite par tous les journaux de l'époque. Malgré les efforts de dissimulation des planteurs, son enquête auprès des Chinois émigrés fut cause de scandale.

L'Angleterre resta seule à tirer profit de l'émigration des paysans cantonais en les transformant en péons sur ses plantations coloniales. Le gouvernement anglais avait pu critiquer les conditions dans lesquelles les coolies cantonais étaient recrutés et transportés vers les plantations de Cuba ; puissance industrielle, la Grande-Bretagne avait profité de la révolution technique du XIXe siècle pour mettre en place un système de travail salarié dans les plantations vers lesquelles le flot des émigrants chinois était dirigé. Un coolie employé dans une plantation coloniale britannique rapportait trois fois plus que son semblable envoyé à Cuba. Aussi les flottes anglaises purent-elles transporter et recruter les coolies dans de meilleures conditions.

156 Diario de la Marina, La Havane, 18 mars 1874.

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