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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)70

En 1817, par décret royal, avait été créée une Commission pour la population blanche (Junta de población blanca) dont le rôle était de favoriser l'immigration et l'installation de colons blancs dans l'île de Cuba. Dès les premiers instants cet organisme se trouva en face de

l'impérieuse nécessité de trouver des fonds pour la réalisation de son projet : rien de plus logique que de taxer la race noire ; fut assigné un impôt de 6 pesos sur tout esclave mâle introduit dans l'île 163...

La Commission disposa de fonds abondants, mais tous ses essais en vue de créer un courant d'immigration blanche, avortèrent. En 1842, elle fut dissoute ou plutôt intégrée à la Junta de fomento, organe gouvernemental composé de riches marchands et planteurs. Cette corporation sut admettre l'échec de la colonisation blanche et reçut avec enthousiasme la proposition de Pedro Zulueta, un trafiquant d'esclaves, une fois poursuivi à Londres pour violation du traité sur l'abolition de la traite des Noirs. La perspective d'un trafic avec la Chine, à la suite de l'ouverture des ports du sud par le traité de Nankin de 1842, lui était apparue comme un geste de la providence pour sa compagnie 164. Son projet fut favorablement considéré et le premier navire chargé de Chinois arriva dans le port de La Havane en juin 1847. À titre "publicitaire", ces premiers travailleurs furent cédés à 70 pesos, alors que Pedro Zulueta avait reçu de la Junta de fomento quelque 170 pesos pour chaque contrat signé. La perte, équivalente à près de 60 000 pesos fut portée au compte des caisses de la Commission 165. Les taxes sur l'importation des esclaves permettaient d'engager des Cantonais. Malgré ses débuts faciles, l'immigration jaune connut une période de stagnation. L'hostilité des intérêts négriers espagnols paralysa le nouveau trafic. La Couronne, jalouse des bénéfices d'un trafic qu'elle ne contrôlait pas, se mêla de la dispute. Un décret de 1852 rendit nécessaire l'autorisation royale pour toute introduction d'Asiatiques dans l'île, puis en janvier 1853, l'Espagne décida de couper court à l'immigration jaune, sous prétexte

que les colons chinois ne pouvaient remplacer la population noire des établissements agricoles 166.

Les négriers avaient gagné une bataille. En 1854, arriva au pouvoir José Gutierrez de la Concha. Les planteurs étaient à l'origine de sa nomination à la charge de capitaine général. Il s'opposa aux intérêts négriers et défendit les Créoles "éclairés", malgré les avis défavorables d'un secteur de l'opinion publique qui voyait dans les Chinois des êtres rebelles et peu résistants aux durs travaux agricoles de la canne à sucre. Les grands planteurs dominaient la vie politique de l'île et réduisirent à néant ces arguments, qui portaient plus souvent sur la moralité des coolies que sur leur utilité économique. Il semble que le soutien du

163 F. Erenchun, Anales de la Isla de Cuba, año de 1855, p. 1039.

164 C. Corbitt Duvon, The Chinese in Cuba, 1847-1947, p. 4.

165 J. Pérez de la Riva, "Documentos para la historia de las gentes sin historia, el tráfico de culíes", Revista de la Biblioteca nacional José Martí, 6e année, n° 2, note 6.

166 Archivo nacional de Cuba, Reales decretos y ordenes, legajo 166, n° 190.

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