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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)72

espagnol, portugais ou sous celui de nations d'Amérique centrale 169.

Des Créoles protestèrent face à ce monopole qui provoquait la hausse des coûts des contrats des engagés. Ils envoyèrent une délégation à Madrid en vue d'obtenir la suppression des mesures de 1856. Ils reçurent la promesse d'une période de liberté totale du trafic, qui permettrait l'introduction de 60 000 Asiatiques dans l'île. En 1858 l'Espagne n'avait toujours pas accordé de nouvelles concessions. Le capitaine général de l'île continua de distribuer des permis d'entrée aux coolies amenés "clandestinement" à La Havane, refusant tout ordre de Madrid. Il soutint avec succès les Créoles dans leur lutte contre la métropole. En 1860, à la suite de la pression anglaise qui motiva une suspension de l'émigration chinoise vers Cuba, le capitaine général annula les concessions accordées jusqu'alors. Après un an, le trafic reprit. À la suite du traité de 1864, officialisant la venue de travailleurs chinois dans les colonies espagnoles, les arrivées d'engagés se multiplièrent jusqu'en 1870. De 1868 à 1870, 54 507 Cantonais débarquèrent à La Havane 170.

Mais cet afflux de main-d’œuvre ne provoqua aucunement la baisse du coût des contrats. Le monopole du trafic jouait toujours contre les lois de l'offre et de la demande. En 1863, de nouvelles concessions avaient été octroyées à trois sociétés. La Empresa de Colonización, Zagronez y Cía., et la Alianza. Ces sociétés étaient contrôlées par un groupe de grands planteurs de La Havane et de Matanzas. La première était aux mains de Domingo Aldama et des comtes de Lombillo et de Montalvo. Le premier, capitaliste d'envergure, organisa sa propre société : il possédait un agent à Macao, avançait les capitaux nécessaires aux expéditions et vendait lui-même ses productions de sucre à New York. La main-d’œuvre jaune passait directement de ses baraquements de Macao à ses plantations de Cuba. Il s'agissait d'une exception cependant. Les planteurs les plus fortunés de l'île, qui étaient propriétaires de sucreries entièrement mécanisées, contrôlèrent le trafic des coolies cantonais et évincèrent les marchands protégés par l'Espagne. Le trafic demeura nettement monopolistique. En conséquence, les prix des contrats se maintinrent, et augmentèrent même jusqu'à 25 onces d'or l'unité, soit 425 pesos, durant les années qui suivirent la signature de l'accord de 1864.

Entre 1869 et 1874 régnaient deux sociétés étroitement liées aux grands planteurs de l'ouest de l'île : la Alianza et la Compañía de los hacendados. Elles dominèrent le trafic jusqu'à sa fin, affirmant la mainmise des propriétaires d'unités mécanisées sur la nouvelle source de main-d'œuvre et de profits. Suivant Pérez de la Riva, les sommes retirées de ce trafic auraient correspondu à 150 % du capital investi, et n'auraient plus été que de 100 % à partir de 1868 en raison de l'opposition anglaise aux expéditions. Pourtant un témoin des années 1868-1870 rapporta que la demande de force de travail était si grande que les planteurs, sans hésitation, donnaient 500 pesos pour le contrat de huit ans d'un Chinois. Il affirma que les profits étaient aisément calculables et écrivit que 900 individus amenés

169 Boletín de Colonización, Revista quincenal publicada por la Comisión central de la Isla de Cuba, 17, 30 septembre 1873.

170 Ibid., n° 4, 1873.

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