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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)73

sur un bâtiment qu'il put visiter, représentaient la valeur de 450 000 pesos pour les importateurs alors que leur coût original avait été de moins de 50 000 pesos. Dans ce cas, concluait-il, la firme obtenait un bénéfice de 400 000 pesos sur une seule expédition 171.

L'organisation financière de la traite des Jaunes n'est qu'un des aspects du processus de concentration économique que connut l'île de Cuba entre 1840 et 1880. Dès 1860, ne pouvait être sucrier qu'un grand propriétaire terrien ou un capitaliste affirmé. Les maîtres d'esclaves qui actionnaient manuellement bassines et rafraîchissoirs et surveillaient encore à l'œil nu le degré de cuisson du sirop, étaient voués à la ruine. Les nombreux moulins qui obtenaient de bas rendements de sucre ne pouvaient résister à la concurrence des grandes unités mécanisées ; ils furent démolis et leurs propriétaires devinrent des "colons". Les travailleurs cantonais, par leurs bas salaires, leur grand nombre, et les gains apportés par l'organisation de leur entrée dans l'île, permirent à une nouvelle oligarchie créole de dominer le groupe des petits producteurs agricoles nés de la crise de l'esclavage. Ce groupe totalement intégré au système de plantation sucrière des provinces occidentales ne constituait pas une réelle force politique opposée au projet des grands planteurs d'établir un plan d'émancipation progressive de la main-d’œuvre servile. Cette opposition vint d'autres secteurs de l'économie créole.

4.Une abolition graduelle

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L'accent a été mis jusqu'alors sur l'organisation de la grande plantation sucrière des provinces occidentales de l'île. Mais il existait aussi une paysannerie produisant pour le marché intérieur (cultures vivrières) et pour l'exportation (tabac), des éleveurs liés aux plantations qu'ils approvisionnaient en viande et au marché extérieur où ils vendaient leur cuir, des planteurs de canne à sucre isolés dans les provinces centrales et orientales de l'île où aucune unité mécanisée n'avait été construite, des artisans, des commerçants et des ouvriers, pour la plupart de couleur. Ces différents groupes de producteurs n'eurent pas à affronter la minorité des hacendados de l'ouest durant la première étape du développement de l'économie de plantation à Cuba, de 1760 à 1840. Par contre, l'ensemble des producteurs de l'île affronta la métropole afin de faciliter l'entrée des produits créoles sur les marchés européens, de lutter contre le monopole colonial qui restreignait ces marchés et grevait produits importés et exportés de diverses taxes sans contrepartie d'investissements ou de prêts espagnols. La situation devint plus contraignante pour les planteurs de canne à sucre lorsque vinrent les menacer la concurrence du sucre européen et la lutte de la Grande-Bretagne en faveur de l'abolition de la traite des Noirs et de l'esclavage. Ils prirent la tête d'un mouvement politique réformiste à compter de 1840, formulant diverses demandes appuyées par tous les groupes blancs de l'île : liberté du commerce, réforme des

171 J. O'Kelly, La tierra del Mambí, p. 103.

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