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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)74

tarifs douaniers, immigration blanche afin de former un réservoir de main-d’œuvre salariée et d'équilibrer le nombre croissant d'éléments mulâtres, fin de la traite des Noirs aux mains des marchands espagnols, gouvernement représentatif pour les affaires locales, droits constitutionnels pour les citoyens espagnols, séparation des pouvoirs militaire et civil 172, représentation au Parlement espagnol à Madrid. Cette longue liste ne fut que celle d'espoirs frustrés. Les Créoles n'obtinrent pas de réforme.

Les effets de la crise de l'esclavage se firent de plus en plus sentir et commencèrent à diviser les planteurs de l'ouest et autres producteurs en groupes aux intérêts économiques et politiques divergents. L'est et le centre de l'île étaient zones traditionnelles d'élevage, de cultures vivrières et de plantations produisant du sucre de qualité inférieure consommé dans l'île. Quelques chiffres illustraient cette opposition entre les deux régions de l'île, qui n'était que le reflet d'une opposition entre un secteur avancé et un secteur archaïque de l'économie sucrière. En 1868 173 les producteurs de l'ouest de Cuba détenaient 90 % de la production agricole, représentaient 77 % de la population de la colonie et possédaient 78 % du bétail. Une situation semblable à celle de la province occidentale au cours du XVIIIe siècle se retrouvait dans les juridictions centrales et orientales, les plantations se caractérisaient par une capacité de production réduite, entraînant leur multiplication, l'utilisation d'une force motrice animale, des étendues de canneraies limitées à quelque 10 caballerias (soit 130 hectares au maximum), un affranchissement fréquent des esclaves, un recours fréquent à la main-d’œuvre salariée et une production composée en majeure partie de sucre non raffiné. Un fait supplémentaire mettait en évidence le caractère archaïque de ces habitations. Alors qu'on comptait 276 propriétaires détenant plus de 80 esclaves dans les provinces occidentales, on en comptait 26 dans l'est de l'île, résidant dans la juridiction de Guantánamo, zone des caféières 174.

Ce fut de ce secteur menacé par la concurrence accrue de l'industrie sucrière européenne, écarté des bénéfices de l'immigration asiatique que vinrent les pressions les plus fortes en faveur de concessions économiques de la part de la métropole. Aussi, lorsque cette dernière refusa, à nouveau, en 1867, toute réforme de l'administration coloniale, toute indemnisation des maîtres d'esclaves, toute liberté de commerce et créa au contraire un nouvel impôt grevant de 10 % les rentes foncières, maintint les droits de douanes et se déclara hostile à tout changement politique, la guerre éclata dans l'est de l'île. L'insurrection fut soutenue par les éleveurs des provinces centrales inquiets de la ruine des plantations orientales qu'ils approvisionnaient en viande fraîche et séchée. Regagnèrent encore les rangs insurgés, les membres de la nombreuse population de couleur de l'est de l'île.

172 Cuba était gouvernée militairement depuis 1820, l'Espagne la considérant comme un territoire assiégé par les Anglais.

173 F. Knight, Slave Society in Cuba during the 19th Century, p. 156.

174 F. Knight, Slave Society in Cuba during the 19th Century, p. 135.

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