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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)76

les formula en 1877. Un an plus tard la guerre prit fin. Seul, un groupe d'hommes de couleur sous la direction du général Antonio Maceo, partisan de l'indépendance de l'île et de l'abolition de l'esclavage, poursuivit la lutte. La résistance fut vaine, et s'acheva en 1879. Quelques insurgés prirent le chemin de l'exil qui les conduisit aux États-Unis où ils organisèrent un nouveau mouvement en faveur de la libération de la colonie.

Les planteurs de l'ouest qui commandaient aux capitaines généraux envoyés par Madrid suivirent une autre stratégie. Leur but était une abolition graduelle de l'esclavage qui ne désorganiserait pas brutalement leurs entreprises, leur permettrait d'assurer la transition au système de travail salarié et éviterait toute éventuelle conflagration raciale menée par un groupe d'hommes de couleur libres. Un premier plan d'émancipation fut proposé par l'Espagne en 1868, il fut dénommé loi Moret 176. Il libérait les enfants esclaves nés après 1867 et les vieillards âgés de plus de 60 ans à cette date. La marche des plantations n'était pas gênée. Pourtant les planteurs furent hostiles à ce plan, ils tentèrent d'en retarder l'exécution expulsant à tour de rôle de La Havane les gouverneurs généraux chargés de son application. Un nouveau plan d'affranchissement de la main-d’œuvre esclave fut accepté en 1880, suivant les vœux des grands planteurs un système de patronat fut institué. Ainsi était évitée la mobilité des quelque 300 000 esclaves libérés, qui, tout en recevant des salaires, se virent obligés de rester durant six ans sous la tutelle de leurs anciens maîtres devenus leurs patrons. De surcroît, une part de ce salaire était allouée à leur maître. Ce fut la forme d'indemnité que consentit l'Espagne aux propriétaires d'esclaves. Le système du patronat permit aux planteurs de transformer leur main-d’œuvre esclave en main-d'œuvre salariée tout en évitant les deux dangers d'une abolition soudaine : désertion des affranchis et hausse des salaires agricoles. L'esclavage fut définitivement aboli à Cuba en 1886, à cette date 30 000 personnes se trouvaient asservies.

La toute-puissance des planteurs propriétaires d'usines centrales fut assurée par la prospérité des années 1840-1880, elle leur permit d'affronter l'opinion européenne, de réduire à néant les multiples tentatives de sabotage de leur économie par la Grande-Bretagne, de faire plier le gouvernement espagnol devant leurs exigences et d'assurer la répression de leurs ennemis politiques créoles. Ces derniers auraient, malgré, leurs hésitations, accepté dès 1868 l'abolition de l'esclavage si des réformes constitutionnelles avaient été octroyées par l'Espagne. Cette prospérité était en partie le fruit de l'arrivée de milliers de travailleurs asiatiques.

Les conditions économiques et politiques de l'immigration chinoise définirent la situation sociale assignée aux colons asiatiques. Trois séries d'antagonismes déterminèrent leur venue, leur appartenance de classe et leur situation concrète dans la société créole : ce furent la domination coloniale et économique de la Grande-Bretagne, l'affrontement des Créoles sur la question de l'indépendance et,

176 Voir annexe 9.

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