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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)77

enfin, les luttes entre planteurs créoles esclavagistes.

Tant que le pacte colonial espagnol consista en un prélèvement en impôts et en marchandises, la lutte des puissances hollandaise, anglaise, française et espagnole autour de Cuba porta sur le contrôle des importations et des exportations de l'île. Jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, elle prit la forme d'une lutte militaire larvée ou ouverte : flibuste, guerre de course, pillage et destruction des flottes annuelles métropolitaines, prise de La Havane par les Anglais. Mais, à partir de 1790, le pacte colonial suivit d'autres principes : importation de capitaux dans l'île, transfert de main-d’œuvre et contrôle métropolitain de la vente des produits obtenus. La plantation sucrière esclavagiste se développa à grande échelle et Cuba fut le premier producteur de sucre du monde en 1840. La rivalité s'aiguisa entre l'Espagne et la Grande-Bretagne, premier consommateur de sucre du monde.

Durant la première moitié du XIXe siècle, cette dernière devint une puissance industrielle et coloniale. Le développement industriel britannique, plus avancé que celui de la métropole espagnole et l'établissement de l'empire colonial anglais en Asie accompagnèrent l'apparition à Londres d'un mouvement idéologique en faveur de la suppression du travail esclave. L'Angleterre supprima la traite des Noirs à destination de ses colonies sucrières en 1807, puis, quelques années plus tard, en 1834, décréta l'abolition de l'esclavage, octroyant de larges indemnités aux propriétaires d'esclaves. Peu à peu, les plantations sucrières créoles produisirent exclusivement la matière première utile à l'industrie de raffinage métropolitaine. Ce fut au sein de cet antagonisme entre les intérêts créoles et métropolitains anglais que se situa la rivalité anglo-espagnole sur Cuba de 1830 à 1870.

Il s'agissait pour la Grande-Bretagne de détruire le système de production sucrière esclavagiste afin de dominer le marché mondial du sucre et éventuellement de s'emparer de la colonie espagnole. L'attaque contre la production sucrière de Cuba consista essentiellement en la poursuite des navires négriers se dirigeant de l'Afrique vers cette île. La guerre était économique : pour créer des tensions insolubles dans un système esclavagiste traditionnel, il suffisait de faire monter les prix des esclaves. Un fait vint favoriser l'action anglaise, il n'était qu'un autre aspect de la rivalité anglo-française en Europe. Dès 1840, les planteurs créoles se heurtèrent à la concurrence de la production sucrière européenne et furent contraints d'utiliser le travail sous contrat. À l'image de leurs ennemis anglais qui recrutaient des engagés chinois pour leurs territoires des Antilles et des Mascareignes, ils tentèrent de s'ouvrir un nouveau réservoir de main-d’œuvre en Chine du sud. La rivalité anglo-espagnole se déplaça d'Afrique en Chine où l'Angleterre mit autant d'obstacles qu'elle le put sur le chemin des voiliers transportant des coolies vers Cuba. Mais la France, sa rivale dans la zone, et le Portugal, favorisèrent les plans des planteurs. L'immigration chinoise à Cuba fut déterminée par des rivalités internationales qui confrontaient plus particulièrement la Grande-Bretagne et l'Espagne sur les questions de la production sucrière et de l'accès aux réservoirs de main-d’œuvre.

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