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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)78

La Grande-Bretagne n'obtint qu'une victoire tardive en s'alliant au gouvernement chinois, celui-ci décréta en 1874 la fin de l'émigration chinoise vers les possessions espagnoles. La tardive victoire des gouvernants anglais sur la métropole espagnole tint à deux faits qu'ils ne purent contrôler. Le propos de la Grande-Bretagne de rattacher l'industrie sucrière de Cuba à son industrie de raffinage lui fut ravi par ses anciennes colonies d'Amérique. En 1877, 80 p.100 de la production sucrière de cette île, constituée essentiellement de mélasses, étaient exportés vers les usines de raffinage de l'est des États-Unis. D'autre part, la Grande-Bretagne ne put mettre en échec le pouvoir créole établi à La Havane : les grands planteurs de l'île décidaient des choix de la métropole espagnole. Ce furent eux qui, décidant du maintien de la tutelle coloniale, permirent celui du système esclavagiste, que l'Angleterre voulait voir disparaître.

Au XVIIIe siècle, les difficultés économiques causées par le monopole commercial de la métropole ne donnèrent lieu à aucun conflit entre les autorités madrilènes et les colons. Le cabotage clandestin et la flibuste servirent à tourner les interdits qui pesaient sur le commerce colonial. À partir de 1790, les dissensions entre Créoles et gouvernants madrilènes s'affirmèrent. Les décisions des gouverneurs généraux nommés par Madrid furent contrôlées par les planteurs, qu'elles eussent pour objet l'octroi de concessions de terres, le droit de couper les réserves forestières, l'arrivée clandestine d'esclaves, ou l'application de mesures favorables à leur émancipation (loi Moret). Des gouverneurs généraux désignés par Madrid sans égard aux positions des Créoles furent expulsés de l’île. La question de l'immigration chinoise fut un des points particuliers sur lequel s'affrontèrent, puis s'allièrent, pouvoirs créole et métropolitain.

Le conflit portait sur la nature du régime politique à instaurer à la suite de l'éventuelle abolition de l'esclavage sous la pression anglaise. Un compromis fut trouvé : l'introduction d'une masse de main-d’œuvre chinoise. Cette solution n'apportait de bénéfices économiques qu'au secteur sucrier qui la contrôlait, c'est-à-dire aux propriétaires terriens détenteurs des plus importantes manufactures semi-mécanisées, sises près de La Havane. Grâce à ce trafic de main-d'œuvre, ces producteurs pouvaient à la fois trouver les capitaux utiles à leurs investissements en machinerie et en main-d’œuvre, et entraîner dans ce processus de modernisation le groupe des moyens et petits propriétaires établis dans les mêmes régions. Les planteurs des provinces centrales et orientales étaient exclus. Les deux secteurs de l'industrie sucrière s'affrontèrent. Leur rivalité due à un développement économique inégal prit la forme d'une lutte politique, portant sur le statut colonial de la société créole. La métropole ne put que jouer en faveur du groupe occidental qui militait pour le maintien de sa tutelle. Elle favorisa l'immigration, affronta la Grande-Bretagne sur la question de l'abolition de l'esclavage et réprima le mouvement nationaliste oriental. L'affirmation de l'alliance politique des grands planteurs esclavagistes et du gouvernement madrilène fut un des aspects de l'évolution de la société créole à laquelle contribua le transfert de main-d’œuvre

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