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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)79

asiatique.

Un dernier antagonisme au sein duquel se situa l'immigration chinoise opposait entre eux les propriétaires de manufactures semi-mécanisées. De ces derniers, seuls, ceux intéressés à la traite des Jaunes purent devenir propriétaires d'usines centrales mécanisées, les autres ne le purent pas. La lutte entre les deux groupes fut occultée par les bénéfices qu'apporta l'utilisation du travail sous contrat. Au moment où la rente esclavagiste diminuait du fait de la montée des prix des esclaves et de la baisse des cotisations du sucre, la main-d’œuvre chinoise fut le meilleur marché de l'île. Son emploi rendit possible la survie de manufactures semi-mécanisées autrement condamnées à la disparition par la concurrence européenne. Les colons asiatiques vinrent remplacer les esclaves trop rares et trop chers. Pourtant, le taux de profit obtenu dans ces plantations fut certainement supérieur à celui obtenu dans les unités mécanisées. Ces dernières requéraient, à la fois, des investissements en équipements industriels et en main-d’œuvre asiatique et le maintien d'importants ateliers d'esclaves afin d'ajuster les besoins des secteurs industriel et agricole. Les bénéfices obtenus grâce à l'emploi de travailleurs chinois auprès de machineries qui doublaient les rendements sucriers permettaient de compenser la baisse des profits réalisés sur le travail esclave. La montée d'année en année du prix des esclaves ne faisait qu'accentuer cette baisse, effet de la répartition du capital dans des unités mécanisées utilisant une main-d’œuvre servile. Plus de 80 % du capital étaient investis dans les terres, la main-d'œuvre et les installations industrielles. Le contrôle de la traite des Jaunes par les propriétaires d'unités mécanisées et leur utilisation préférentielle du travail sous contrat dans le secteur industriel leur apportèrent des bénéfices que les manufacturiers ne purent jamais réaliser. Ces profits leur permirent de maintenir des unités de production dont la rentabilité était précaire comme l'illustrèrent les faillites spectaculaires de quelques-unes des plus importantes d'entre elles.

La lutte entre ces deux groupes de producteurs sucriers qui furent des alliés pour combattre la suppression du travail esclave, portait sur l'accès et l'utilisation de la main-d’œuvre asiatique. Pour les manufacturiers, cette dernière fut essentiellement une main-d’œuvre agricole ; pour les propriétaires d'unités mécanisées, elle fut aussi une main-d’œuvre industrielle leur permettant d'utiliser les techniques sucrières les plus productives de l'époque et une source d'accumulation de capitaux grâce à leur contrôle de l'immigration. Du fait, encore une fois, d'un développement économique inégal, la concurrence entre les deux secteurs de la production sucrière fut grande, bien que rendue occulte par les bénéfices de l'utilisation de travailleurs sous contrat. Cette concurrence conduisit inévitablement à la transformation des manufacturiers en producteurs de canne à sucre, entièrement dépendants des usiniers. L'intervention du marché d'exportation des mélasses vers les États-Unis atténua cette rivalité, permettant aux premiers de produire un sucre non raffiné. L'évolution qui conduisit les industries sucrières coloniales anglaises vers la dépendance du secteur de raffinage métropolitain se reproduisit à Cuba au profit des raffineurs nord-américains.

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