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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)80

Les trois antagonismes qui fixèrent l'appartenance des immigrés chinois à la classe ouvrière créole portaient sur la nouvelle organisation du travail à Cuba. Deux modes de production caractérisèrent la société créole entre 1840 et 1880 : l'esclavage et le capitalisme industriel. Ce dernier était déterminé par un changement technologique et social, rendu manifeste par la mécanisation des sucreries et le système de travail sous contrat. Les classes sociales créoles résultaient des rapports d'exploitation propres à chacun de ces modes de production et de la transformation progressive de l'un à l'autre. Elles étaient l'effet d'un processus permanent de développement de divisions sociales, issu d'une part des rapports entre maîtres et esclaves et entre planteurs et main-d’œuvre salariée, et d'autre part du conflit entre ces deux rapports. Étant définies comme la résultante d'un système de divisions se transformant entre 1840 et 1880, les classes sociales créoles ne peuvent jamais être appréhendées comme des groupes concrets ou des ensembles délimités d'individus. Produits de rapports d'exploitation que seule l'analyse permet d'expliciter et de faire apparaître, ces classes sociales demeurent inaccessibles à la description.

Seuls des regroupements sociologiques peuvent être perçus et décrits. Ils sont composés de séries d'individus occupant la même fonction dans la production. Le terme de fonction n'est pas équivalent de celui d'occupation, il désigne au contraire la signification des occupations remplies par un ensemble d'individus dans la division sociale du travail, dont la division technique n'est qu'un effet. Le fait significatif du travail chinois fut d'avoir rendu possible l'industrialisation d'un secteur de la production sucrière, ainsi constitué en secteur dominant, et le maintien de la tutelle coloniale et de l'esclavage à Cuba. La fonction du travail chinois au sein des rapports de force de la société créole assigna aux immigrés un statut particulier manifesté par des signes : salaires, occupations, contrat comme forme juridique de leur place dans la division sociale du travail. L'analyse en termes économiques et politiques de l'immigration chinoise à Cuba au XIXe siècle fait apparaître la constitution d'un regroupement sociologique déterminée par un système de rapports de force se jouant à l'échelle internationale. Avant leur arrivée à La Havane, les immigrés chinois se voyaient assigner un statut social dans la société créole. La question devient alors celle de la transformation de ce regroupement en un groupe ethnique, c'est-à-dire en un groupe perçu par les acteurs comme exclu de leur société. Pour mettre à jour ce processus, on s'attachera à décrire la réalité vécue par les membres du regroupement sociologique chinois présenté jusqu'alors comme un des aspects de la coexistence conflictuelle de deux modes de production à Cuba. Cette description empirique permettra de repérer les traits grâce auxquels les Chinois purent être identifiés par les Créoles, libres ou esclaves.

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