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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)86

en un lieu désert où il était assommé par des compères cachés. Un autre moyen couramment employé fut le recours aux dettes de jeu. Un recruteur invitait dans un tripot connu de lui un jeune paysan disposant de quelque argent, et, là, par maintes tricheries, réussissait à gagner. Le vainqueur amenait sa victime au baraquement de Macao où elle était enfermée. Les dettes de jeu se payaient par la signature d'un contrat de travail à remplir dans l'île de Cuba. Cette formule fut utilisée avec succès durant les premières années du trafic, à Amoy, et à Swatao. Les fils de certains de ces joueurs malchanceux, racontèrent comment leurs pères croyaient partir pour les Philippines : leurs contrats indiquaient un lieu de destination Lu Sung ou Liy Sung, en dialecte cantonais, c'est-à-dire Luzon, et par extension l'Espagne et ses possessions. La majorité des émigrés furent gagnés à l'émigration par la force ou par de fausses promesses. Le consul espagnol à Amoy écrivait en janvier 1859 184 :

De chaque cent Chinois qui ont été récemment embarqués pour La Havane, je peux assurer Votre Excellence que quatre-vingt-dix ont été chassés comme des bêtes sauvages et amenés de force sur les vaisseaux [...] ou ont été séduits par de fausses promesses ou trompés sur leur lieu de destination ou la nature du travail pour lequel ils furent recrutés. Cette attitude criminelle a rapidement jeté l'alarme tout au long des côtes et les plaintes de mères qui réclament leurs fils ou époux emmenés de force, augmentent.

Le témoignage suivant, donné par un engagé, illustre les méthodes des recruteurs 185 :

Des hommes vinrent chez moi alors que j'étais jeune, ils tuèrent ma mère et mes sœurs, et m'emmenèrent ainsi que mes deux frères comme des prisonniers. Je fus embarqué sur un bateau et mes frères sur un autre. Je suppose qu'ils ont été conduits à Cuba, mais je ne les ai jamais trouvés...

James O'Kelly à la suite d'un voyage à Cuba en 1873, rapporta 186 :

À La Havane, j'ai visité un navire portugais récemment arrivé de Macao, avec un chargement de 800 "Célestes"...

Avec l'autorisation du capitaine, je parcourus tout le navire, et rencontrai un Chinois qui avait la réputation entre ses compagnons de parler anglais...

Le récit qu'il me fit de ses peines pourrait être pris comme exemple de celles supportées par ses autres compagnons. Il avait résidé en Californie durant quelques années, et accumulé une petite fortune là-bas ; à son retour en son pays natal, il s'était établi et marié, mais voyant que son négoce allait mal, il accepta une offre de travail à Macao, et s'embarqua pour ce port, mais combien misérablement abusé, il débarqua à La Havane. Ce malheureux se lamentait de la triste situation dans laquelle il laissait sa

184 Archivo nacional de Cuba, Reales decretos y ordenes, legajo 207, n° 129.

185 C. Corbitt Duvon, The Chinese in Cuba, 1847-1947, p. 45.

186 J. O'Kelly, La tierra del Mambí, p. 101.

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