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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)87

famille, sans protection, ni soutien durant son absence.

Cinq engagés racontèrent comment ils pénétrèrent dans les baraques de Macao 187 :

Nous fûmes amenés par la ruse dans les barracones de Macao et interrogés par les officiers portugais, nous fûmes liés les uns aux autres par nos tresses après un repas du soir et conduits de force à bord d'un navire sous la garde de soldats étrangers armés, sans que personne fît attention aux cris que nous poussions en chemin pour demander du secours.

Dans les cas où les émigrés acceptèrent le contrat de leur plein gré, un ou deux dollars étaient donnés à leur famille.

Les recruteurs chinois devinrent source d'effroi dans les districts proches de Macao. La bourgeoisie d'Amoy éleva de nombreuses protestations, avertissant la population paysanne de la fausseté des promesses faites par les recruteurs dénommés en cantonais Chau-Chau 188. Mais les plaintes des populations au sujet de la disparition d'embarcations chargées de pêcheurs ou de voyageurs ne changèrent rien à la situation 189. Même les peines de mort promises et infligées aux recruteurs n'eurent aucun effet. Certains déclarèrent avoir eux-mêmes agi sous l'effet de menaces. Un recruteur qui ne ramenait pas le nombre de coolies imposé par l'agent de Macao devait payer une amende. Pour ce faire, il était souvent obligé de vendre ses biens et s'il n'en possédait pas, sa femme ou ses enfants. La prime offerte pour chaque engagé était si forte (de sept à dix dollars), qu'elle pouvait motiver tout vagabond sans ressources.

Suivant les conventions signées par la Grande-Bretagne et la Chine, des officiers des ports d'émigration devaient assister à la signature des contrats et à l'embarquement des engagés. La réalité était autre ; les baraques furent entourées de fosses et de barbelés, gardées par des hommes armés et fermées nuit et jour. À l'intérieur, les rations alimentaires étaient insuffisantes et les conditions insalubres malgré quelques descriptions idylliques faites par un témoin espagnol 190. Dans ces conditions, la signature d'un contrat était bouffonnerie tragique 191 :

Quand nous fûmes entrés (dans le barracón), un étranger ferma les portes et ne pouvant plus sortir nous comprîmes que nous avions été trahis, mais il n'y avait aucun remède possible. Nous étions plus de 100 dans ces mêmes chambres et le plus grand nombre passaient les jours et les nuits à pleurer. Quelques-uns étaient couverts de sang, résultat des punitions qu'on leur avait infligées soit parce qu'on les soupçonnait de vouloir s'échapper, soit parce qu'ils avaient déclaré qu'ils ne voulaient pas partir lorsque l'inspecteur portugais les avait interrogés. Le barracón était très profond et par

187 Chinese Emigration, p. 99-100.

188 W. Steward, Chinese Bondage in Peru, p. 84.

189 Archivo nacional de Cuba, Reales decretos y ordenes, legajo 207, n° 129.

190 The other Side. The coolie question in its true bearings. Being the results of personal observation, pamphlet anonyme, certainement dû à la plume du Consul espagnol à Macao, Nicasio Canete y Moral.

191 Chinese Emigration, p. 102.

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