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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)88

surcroît de précaution, pour empêcher les cris d'être entendus du dehors, on battait le gong, et l'on faisait partir des pièces d'artifice, pendant qu'on châtiait les gens, de sorte que la mort aurait pu s'ensuivre sans qu'on le sût ailleurs. Témoins de ces cruautés, nous n'avions qu'à nous incliner et nous reçûmes au moment de l'embarquement, un document qui était nous dit-on, un contrat pour 8 ans.

Les témoignages recueillis par la Commission d'enquête de 1874 confirmèrent que les engagés avaient le plus souvent signé leur contrat sous l'effet de la contrainte comme le relata Hu A-Pao :

Au moment de l'inspection, je refusai de signer le contrat, mais l'officier portugais me prit la main de force et aussitôt qu'il eût fait une marque sur le papier, il mit ce papier de côté 192.

Lorsqu'un engagé se rebellait, il était battu et enfermé au secret jusqu'à son embarquement. Chang Huo Hsiu fut témoin de ces pratiques 193 :

Dans le barracón je vis que ceux qui refusaient d'aller à l'étranger étaient frappés sur les joues et placés sous les latrines ; il ne me restait donc qu'à consentir.

L'une des ruses les plus fréquemment utilisées afin d'éviter un refus des engagés fut d'apposer le nom d'une personne fictive sur le contrat. L'homme croyait signer un engagement qui ne le concernait pas.

Je fus forcé d'accepter le contrat et de signer le nom de Wu A-Chung,

déclara un Cantonais qui portait le nom de Wu Lien-Sheng 194. Une autre tromperie dont les engagés furent victimes concerna le contenu de leur contrat. En 1874, lorsque les fonctionnaires chinois demandèrent à leurs compatriotes : "A-t-on eu soin de voir si les contrats étaient compris ?", les réponses donnèrent un formel démenti aux assertions de don Abella, agent à Macao 195 qui avait prétendu cette question sans fondement 196 :

Les contrats nous furent remis à bord du navire, et ces documents ne nous furent pas lus ;

ou encore :

quand on traduisit les contrats, on sauta beaucoup de passages et on ne lut que quelques clauses, etc. On dit qu'Annan et Singapore étaient les endroits de destination de sorte que n'ayant pas perdu tout espoir de retour, il nous parut préférable pour éviter une mort immédiate d'apposer nos signatures et de nous embarquer.

192 Ibid., p. 103.

193 Chinese Emigration, p. 102.

194 Ibid., p. 104.

195 F. Abella, Proyecto de inmigración china dirigido a los Señores Hacendados de la Isla de Cuba.

196 Chinese Emigration, p. 105.

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