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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)89

Toutefois, si les contrats étaient lus aux coolies, la majorité d'entre eux ne pouvaient comprendre ce qu'ils signifiaient ; Tang Yu et six autres déclarèrent : "les contrats nous furent lus mais nous ne savions pas ce qu'ils signifiaient 197".

Les témoignages de coolies interrogés par la Commission Chin-Lan-Pin pourraient être multipliés qui montrèrent les méthodes employées par les agents et les recruteurs. 80 % des hommes affirmèrent avoir quitté leur village par la force, avoir été enivrés, enlevés, ou ignorer leur lieu de destination comme le déclara Hsu A-Fa 198 :

Je demandai où était La Havane et l'on me répondit que c'était le nom d'un bateau. Je pensais donc que j'allais être employé à bord d'un navire et je signai le contrat.

3. Les "enfers flottants"

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Les quelques hommes qui s'étaient embarqués volontairement, comme Lo Fu-Ch'ung et onze autres, devaient perdre toute illusion une fois à bord. Ils étaient répartis en brigades de 50 hommes, et celles-ci divisées en groupes de dix. Chaque brigade avait à sa tête un "caporal" chinois qui recevait un salaire de quatre pesos, et était responsable de la discipline de ses 50 compatriotes. À la tête de chaque groupe d'une dizaine d'hommes (rancho) était placé un chef, chinois, chargé d'apporter la nourriture à ses subordonnés, de veiller à leurs conditions de vie et de régler les différends qui pourraient s'élever entre eux 199. Un des engagés était responsable de l'ensemble des passagers et devait faciliter les rapports de ceux-ci avec l'équipage. Ce dernier, composé de 30 à 40 marins et de 10 à 15 machinistes devait être aidé par les engagés lorsque le temps était serein.

Les traversées furent de véritables odyssées pour les coolies qui déclarèrent en 1874 200 :

Au sortir de Macao, nous prîmes la mer, on nous enferma dans la cale en bas, quelques-uns furent mis dans les cages en bambou ou enchaînés à des barres de fer, et un petit nombre fut pris au hasard et fouetté pour intimider les autres. Nous ne pouvons estimer le nombre de morts qui résultèrent des maladies, des coups, de la faim, de la soif ou des suicides commis en se jetant à la mer.

Afin d'assurer la discipline à bord, les capitaines avaient coutume de mettre au fer les hommes robustes et tout individu soupçonné d'insubordination était éliminé, jeté par-dessus bord. Les actes de rébellion des engagés étaient souvent causés

197 Chinese Emigration, p. 105.

198 Ibid.

199 W. Steward, Chinese Bondage in Peru, p. 99.

200 Chinese Emigration, p. 106.

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