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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)90

par la faim, la soif et l'étouffement auxquels ils étaient réduits dans la cale. Les narrations des hommes interrogés en 1874 ne furent que récits d'atrocités 201 :

J'avais faim et demandai à manger, aussitôt quatre matelots me renversèrent à terre et me battirent, et un homme fut fouetté jusqu'à mort à bord ; cinq hommes se suicidèrent et deux furent fusillés parce que, n'ayant rien à manger et souffrant de la soif, ils avaient demandé de la nourriture.

Les engagés furent nombreux à mentionner le manque d'eau, l'absence de nourriture et la cruauté des matelots et capitaines. Malgré les menaces d'emprisonnement pesant sur les capitaines en cas de mortalité excédant 6 % des hommes embarqués en Chine, 16 % des émigrants périrent durant les traversées.

Parfois le quart des hommes disparaissait durant la traversée : la frégate anglaise Duke of Argyle, qui toucha les côtes cubaines après un voyage de 123 jours perdit 28 % de sa "cargaison", De 1853 à 1860, des 56 335 coolies embarqués pour Cuba, 8 159 moururent. Ces chiffres cependant ne traduisent pas la réalité, les trafiquants embarquaient plus d'hommes que n'indiquaient leurs livres de bord afin de rendre les pertes moins fortes 202.

Le refus d'émigrer fut une autre cause de ce taux de mortalité. Il donna lieu à des révoltes et à des suicides. Les récits suivants furent entendus à La Havane par les fonctionnaires chinois 203 :

Trois hommes créèrent du tumulte disant qu'ils ne voulaient pas aller à l'étranger ! deux d'entre eux furent fusillés et le troisième pendu.

Les hommes qui avaient été trompés ne voulaient pas aller à l'étranger et avaient l'intention de se révolter. Les matelots déchargèrent leurs armes à feu par les écoutilles et tuèrent vingt hommes en blessant 40 à 50 autres.

La nature des rapports entre certains équipages et les engagés fut rappelée par l'un d'eux, en 1874 204 :

Le capitaine était un méchant homme. Beaucoup d'hommes ne voulant pas aller à l'étranger se jetèrent à la mer. On nous défendit de monter sur le pont et on nous refusa de l'eau, nous fîmes du tumulte et le capitaine nous considéra comme des révoltés ; plus de dix d'entre nous furent tués par les matelots à coups de bâton et de couteau. Près de Malacca le navire eut des avaries et bien que l'eau pénétrât dans la cale, on n'ouvrit pas les écoutilles, et elles ne furent ouvertes que lorsque nous eûmes de l'eau jusqu'au cou et que dix d'entre nous eussent été noyés.

201 Ibid., p. 109.

202 J. Pérez de la Riva, "Documentos para la historia de las gentes sin historia, el tráfico de culíes, "Revista de la biblioteca nacional José Martí, 2e année, n° 2, note 15.

203 Chinese Emigration, p. 101 et 109.

204 Ibid., p. 111.

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