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Raymond MASSÉ, LA FIN DES PLANTATIONS ?... (1980)125

lapins, cochons, cabris, moutons, etc., évolueront près de la case, en liberté ou attachés au piquet. Les enfants seront chargés de les nourrir. Un ou plusieurs boeufs au piquet, nourris avec des herbes glanées par le propriétaire matin et soir sur le côté des routes communales complèteront l'élevage.

Jardinage et petit élevage s'associent pour faire du jardin créole une unité de production qui joug un rôle fondamental dans l'économie rurale. Exploité sur des propriétés variant de quelques ares à 2 ou 3 hectares, il représente pour la masse paysanne une sécurité de revenu, une réserve de nourriture sur laquelle on pourra compter en cas de problèmes.

Mais le rôle économique du jardin créole ne se résume pas dans l'apport qu'il fait au niveau de l'autoconsommation par la maisonnée rurale. Malgré son étroitesse, il constitue une source importante de revenu, non parce qu'il apporte une quantité significative d'argent provenant de la commercialisation des produits agricoles mais parce qu'il tient cet argent disponible en tout temps. Si le petit paysan veut acquérir de la terre, construire une case, pourvoir aux frais d'une fête, l'épargne devient essentielle pour lui. Or, cette épargne consistera principalement en une épargne sur pied, c'est-à-dire dans un boeuf, une vache, des chèvres ou des moutons. Carole Jutras signale que "dans l'esprit traditionnel (Marie-Galantais), le troupeau est considéré comme une tirelire qui sert à boucher les dépenses exceptionnelles engendrées par un mariage, un baptême, un enterrement, la rentrée des classes, etc., (1976. p.32). Cette épargne peut aussi être représentée par un carreau de canne, de bananiers ou encore des plants d'ignames que l'on laisse grossir en terre jusqu'à ce qu'un besoin d'argent ou de nourriture se présente. Les "gros légumes" en particulier, jouent un ri3le de plus en plus important, semble-t-il, dans l'épargne en terre. Autrefois consommés en grande partie par la famille, ils sont aujourd'hui vendus sur le marché local, les enfants de plusieurs maisonnées préférant le pain aux racines.

Cette épargne, en plus, a est pas stable, mais fructifie. Les carreaux d'igname ou les boeufs et cabris deviennent en fait des placements. Les petits exploitants décrivent ainsi l'accumulation : de l'oeuf au boeuf, en passant par la poule, le lapin, cabri, mouton... puis on vend les boeufs pour bâtir sa maison ou y apporter des améliorations.

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