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Raymond MASSÉ, LA FIN DES PLANTATIONS ?... (1980)126

Enfin, on va prêter sur une bête qui sert ainsi de gage dans le cas d'un besoin pressant d’argent, par exemple, une mort dans la famille. Bien que moins spectaculaire que sa fonction dans le système capitaliste international, cette fonction économique "d'épargne" du jardin créole n’en demeure pas moins fondamentale dans le processus de reproduction de la classe paysanne.

Le jardin remplit finalement des fonctions sociales très importantes. Ainsi la plupart des fêtes antillaises sont marquées par le sacrifice d'un animal élevé sur la parcelle (cochon pour la Noël, cabri pour Pâques et les baptêmes, etc). Paré rapporte aussi que "lorsqu'il y a une naissance, les amis ou parrains et marraines donnent quelque chose, un animal ou une pièce en ouvrant la main du bébé ou sur sa tête. On peut alors acheter ... un animal. Ainsi dit un Vauclinois, mon fils avait reçu un cabri qu’on a donné en moitié. Le cabri a donné deux boucs et j'ai vendu le bouc de mon fils et ouvert un compte en banque pour lui" (Paré, 1976. p.54).

Le rôle socio-économique du jardin créole est donc très important dans le petit paysannat antillais. Plus qu'une unité de production précisément délimitée dans l'espace, le jardin créole devient l'une des constituantes les plus importantes de la vie paysanne antillaise, le cadre socio-économique de la vie rurale. En fait, on peut étendre le concept de jardin créole, tel que décrit ici, à la majorité des exploitations agricoles de moins de 1 ou 2 ha pour lesquelles l'agriculture n'est qu'une activité complémentaire à un travail à plein temps, extérieur à la plantation. D'activité complémentaire, la petite agriculture peut devenir toutefois, lors de la perte d'un emploi, d'une incapacité de travail prolongée ou de la mortalité du chef mâle de l'exploitation, la seule source de revenu et de nourriture pour la maisonnée. La petite agriculture devient alors une "agriculture de repli" pour une partie de la population, principalement les hommes les plus âgés qui se voient refuser tout travail salarié permanent. La petite exploitation agricole s'impose alors comme secteur économique tampon qui absorbe les chocs de l'évolution chaotique de l'économie martiniquaise en recueillant le surplus de main-d’œuvre sans travail. Pour la population rurale, soumise à la pression démographique, l'agriculture devient le seul palliatif à la migration vers les villes ou vers la Métropole.

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