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Raymond MASSÉ, LA FIN DES PLANTATIONS ?... (1980)135

et enfin en Métropole, bien que souvent pris pour acquis dans la plupart des travaux sur la migration, mérite d'être reconsidérée. En fait, d'après les enquêtes menées lors des divers stages sur le terrain, il apparaît que le migrant laissant le quartier rural pour le bourg, s'y établit souvent définitivement sans nécessairement aller à la capitale et que le migrant qui quitte le pays pour la Métropole ne passe pas toujours par l'étape du séjour à la capitale. Cette théorie de la transition a, en réalité, trop tendance à considérer comme seul objectif des Antillais, la migration vers la Métropole. Cette hypothèse fait l'erreur de considérer la population rurale comme un tout homogène partageant les mêmes intérêts et les mêmes aspirations. Or une étude de la migration rurale/urbaine se doit de considérer la division très nette entre exploitants agricoles indépendants et salariés agricoles. De fait, la migration vers les bourgs voisins des quartiers ruraux serait plus le propre du premier groupe tandis que la migration vers les quartiers périphériques de la capitale serait le fait du second.

À titre d'exemple, Pierre Bouliane dans une étude sur Volga-Plage, un "bidonville" de Fort-de-France, souligne que la baisse importante du nombre de salariés agricoles à la Martinique (baisse de 30,835 en 1954 à 17,557 en 1067 soit une baisse de 42%) fut la cause principale du développement de ce quartier. Il rappelle en ce sens les données d'une enquête officielle effectuée sur l'habitat à Fort-de-France qui affirment que "84% des chefs de ménage déclarent provenir d'une autre commune que celle de Fort-de-France (à laquelle est rattachée Volga-Plage), 13% de la capitale même et 3% hors de l'île" (Bouliane, 1976, p.64). Ses observations personnelles confirment que de ce 84% des chefs de ménage venant de l'extérieur, la majorité ont déjà été soit salariés agricoles, soit marins-pêcheurs. "La présence de pêcheurs et d'anciens travailleurs agricoles à Volga n'étonne guère. Ne possédant pas de grandes parcelles de terre, ils ont quitté très tôt les bourgs ruraux pour émigrer vers la capitale. Et en plus de la fermeture des usines dont ils dépendaient, d'autres facteurs, tels que le travail saisonnier qui nécessitait un mouvement de va-et-vient de même que la prolétarisation des paysans pauvres qui, s'ils ont confié un bout de terrain et laissé derrière eux des membres de leur parenté, n'y séjournent plus ; ont contribué à désagréger le tissu rural, constituer le flux des mouvements de population et fait naître les bidonvilles ou zones défavorisées" (Bouliane,1976. p. 28).

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