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Raymond MASSÉ, LA FIN DES PLANTATIONS ?... (1980)146

accrue du travail familial (moyenne de 6.83 personnes à charge par attributaire) ou par un abandon partiel du travail requis par le cahier des charges. (Mlle Dancosse-Bouhajeb dans son analyse du cas particulier de réforme du Lareinty à la Martinique, remarque qu'en fait 45% des attributaires utilisent une main-d’œuvre salariée occasionnelle) (1970, p. 98).

D'une façon ou d'une autre, il est important de remarquer que la réforme foncière fut organisée pour produire au meilleur marché possible, c'est-à-dire avec un maximum de travail impayé (par le biais de l'exploitation du travail familial principalement) les produits agricoles destinés aux usines et à l’exportation.

La non-rentabilité des lots de réforme foncière était prévisible du fait que la grandeur des lots vendus aux attributaires a été calculée sur la base d'un revenu annuel fixé par référence au salaire annuel minimum d'un couple de salariés agricoles. Or on sait que le salaire minimum dans le secteur agricole est de loin insuffisant et qu'il est plus bas que celui appliqué dans n'importe quel autre secteur d'activité. Ces critères concordaient donc à confirmer cette nouvelle petite paysannerie au bas de l'échelle des salaires et donc au bas de l'échelle sociale.

La réforme foncière, telle qu'elle fut planifiée et appliquée aux Antilles françaises eut donc comme conséquence majeure le rattachement à la sphère capitaliste de production agricole, d'une main-d’œuvre avait tendance à s'en détacher en fuyant vers la sphère précapitaliste de production ; le marché des petites jobs occasionnelles sous-payées. En effet, face à la non-rentabilité de la production bananière ou sucrière, les petits exploitants "indépendants", de même que les fermiers et métayers tendent à délaisser la production des produits d'exportation soit pour la production vivrière maraichère, soit pour un travail salarié dans une sphère précapitaliste d'activité. Dans l'un ou l'autre des cas. Ils cherchent à s'affranchir du lien de dépendance face aux grands planteurs et aux usines, dépendance qui rappelle trop l'époque coloniale. Or les usines et les grands planteurs qui s’accrochent encore à la production des biens d'exportations traditionnels ont toujours besoin d'une main-d’œuvre agricole disponible. Les salariés agricoles qui n'ont pas encore fui ce secteur d'activité sous-payé et jugé dévalorisant, tendent à développer une conscience de classe poussée, revendiquent constamment des augmentations salariales et usent de plus en plus des moyens de pression disponibles (grèves, ralentissements de travail, etc.) Une seule solution viable s'offre aux usines et aux planteurs : celle de s'attacher des

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