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Raymond MASSÉ, LA FIN DES PLANTATIONS ?... (1980)147

producteurs "indépendants" qui, la récolte venue, seront obligés de vendre leur production et ce, dans des délais qu'ils auront eux-mêmes intérêt à respecter, s'ils veulent monétiser toute une année de travail matérialisé dans la récolte. Les attributaires de lots de réforme foncière jugeront justement ce rôle de main-d’œuvre agricole disponible et à la limite ils constituent sous l'artifice de "petits producteurs indépendants" un véritable salariat agricole. En fait, ils ne possèdent pas réellement leurs moyennes de production car ;

(1)On leur vend à crédit un bout de terre qu'ils mettront plusieurs années à s'approprier réellement. Ils ne sont pas réellement propriétaires du sol.

(2)Le prix de cette terre est fixé en fonction d'un nombre d'années prédéterminé de remboursement. Ils ne contrôlent pas le prix de son principal moyen de production.

(3)Le revenu des attributaires est calculé d'avance en termes de salaire. Or ce salaire est fixé par principe au salaire minimum retiré de 450 jours de travail sur chaque exploitation. La grandeur du lot attribué devra être suffisamment grande (mais pas plus grande) pour que l'attributaire, une fois qu'il aura payé ses engrais, ses outils, ses intérêts sur le capital emprunté, etc.,  puisse bénéficier, avec un prix de vente fixé par l'usine pour sa récolte, de ce salaire minimum agricole. Il ne contrôle ni le prix de ses biens de production ni le prix de sa récolte, ni donc ses revenus.

(4)Avec le cahier des charges et l'encadrement technique de toute sorte, l'agriculteur ne contrôle même plus le seul moyen de production qui lui appartenait en propre ; ses connaissances techniques.

En fait, l'attributaire de lot de réforme foncière (et au même titre le métayer ou le producteur indépendant) ne contrôle que sa force de travail qu'il vend formellement à l'intérieur du secteur agricole de production, à la sphère proprement capitaliste de l'agriculture. Considérée sous cet angle, la réforme foncière devient une forme indirecte de prolétarisation des agriculteurs au sein même d'un secteur d'activité qu'ils auraient eu autrement tendance à quitter.

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