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Raymond MASSÉ, LA FIN DES PLANTATIONS ?... (1980)149

comme on l'a vu précédemment le fermage n'est pas un simple mode de tenure foncière, il est aussi un outil de soumission formelle du travailleur agricole aux besoins de main-d’œuvre de la sphère capitaliste de production agricole.

Le problème peut être ramené à un vice originel dans la politique de base de la réforme foncière, telle que définie entre les lignes de la loi de 1961, qui n'envisageait aucunement une véritable réforme agraire. En fait, il n'existe ici ni redistribution gratuite de la terre, ni collectivisation des moyens de production. Au contraire on favorise le développement d'unités familiales indépendantes de production. Il n'existe aucun esprit socialiste sous-jacent à cette action d'aspect autant politique qu'économique. "Les réformes entreprises aux Antilles sont des réformes foncières et non des réformes agraires plus ambitieuses. Il s'agit d'une redivision géographique de l'espace, sans que soient retouchées en principe l'affectation économique du sol et sa vocation agricole. Encore moins s'agit-t-il de remanier à ce propos la structure agricole de l'île. Un des problèmes importants semble au contraire de maintenir cette structure tout en procédant au morcellement de certaines grandes propriétés. On doit donc s'attendre à une canalisation des retentissements sociologiques dans le sens d'une stabilisation de la société de plantation à travers une nouvelle répartition des rapports de production caractéristiques de cette société (Benoist, cité par Jutras, 1976, p.129). Comme le souligne Benoist, ce n'est pas seulement d'une redivision du territoire agricole (réforme foncière) dont l'agriculture antillaise a besoin pour s'épanouir mais d’une reconnaissance de son importance sociale et économique dans les politiques de développement. En fait, une véritable réforme agraire impliquerait la mise sur pied d'un véritable réseau de commercialisation des produits agricoles et d'un crédit agricole adapté et suffisant, le redécoupage des meilleures terres agricoles achetées non à leur valeur marchande mais à leur valeur agricole, l'imposition de fortes barrières douanières sur les produits agricoles importés, un encadrement technique fondé sur une participation communautaire, une obligation de culture des terres laissées en friche, etc..

Or de telles mesures iraient à l'encontre, premièrement de la volonté de la bourgeoisie terrienne et industrielle (propriétaires d'usines à sucre, distilleries, hangar d'emballage, etc.) de maintenir des rapports de production de type coloniaux et, deuxièmement, de la Métropole qui veut redéfinir la vocation économique de ses possessions d'Outremer en termes de sociétés néo-coloniales

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