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Raymond MASSÉ, LA FIN DES PLANTATIONS ?... (1980)15

"Il est clair que, dans les pays coloniaux seule la paysannerie est révolutionnaire. Elle n'a rien à perdre et tout à gagner. Le paysan, le déclassé, l'affamé et l'exploité qui découvre le plus vite que la violence seule, paye" (Frantz Fanon, Les damnés de la Terre).

Sans réfuter l'une ou l'autre de ces conceptions du rôle de la paysannerie dans la dynamique socio-politique, un fait fondamental demeure : la classe paysanne fait partie intégrante de la société et joue, consciemment ou non, un rôle déterminant dans l'évolution de cette dernière. La conception la plus nuisible à l'analyse de la paysannerie et de l'agriculture est celle qui fait du monde paysan un monde à part, retardataire, arriéré qui entrave et ralentit le développement des secteurs urbains et industriels. Cette conception dualiste du développement repose sur le postulat que le secteur paysan de subsistance constitue un frein au développement de l'ensemble de la société, qu'il représente un obstacle à l'abolition des disparités régionales et qu'il nuit au libre développement des régions industrialisées. Gunder Frank, à partir de l'analyse de la théorie de deux Brésils en arrive pourtant à la conclusion générale que "le secteur de subsistance, étant précisément résiduel dans sa production et son revenu, joue en quelque sorte le rôle d'un pare-choc qui isole, protège et stabilise partiellement l'économie agricole toute entière. Il contribue ainsi à stabiliser également l'économie nationale et internationale. Loin d'être à la remorque de l'économie nationale et internationale, le secteur de subsistance joue donc le rôle d'un amortisseur contribuant à la marche de l'économie et lui évite de se désagréger à chaque choc, à chaque crise" (1974, p. 237). Le monde paysan et le monde urbain industrialisé et commerçant constituent ainsi deux parties d'un même système économique, parties qui sont reliées par des liens d'interdépendance économique mais aussi par les divers réseaux de communication qui assurent les échanges de valeurs et de marchandises.

Toutefois le monde paysan antillais n'a pas seulement un rôle important à jouer à l'intérieur des sociétés antillaises contemporaines ; de fait le système des plantations fut dès le 17ième siècle un produit du développement du capitalisme international. Gray rappelle que "fundamentally, however, the one-crop system was a result of the selective influence of economic competition leading to world-wide specialization (Gray, 11 : 458-459 cité par E. Frank, 1978, p. 196). Le développement du système de plantation au 17ème siècle dans l'ensemble de la

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