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Raymond MASSÉ, LA FIN DES PLANTATIONS ?... (1980)27

À côté de ce groupe d’ "esclaves casés" se retrouvait donc des moyens propriétaires constitués, en grande majorité des petits planteurs blancs mais aussi des mulâtres libres, qui s'adonnaient à plein temps aux cultures secondaires et ne puisaient pas dans le travail sur les plantations le classique surplus de revenu. Ce groupe des Antillais de couleur libres a pris une importance particulière dans les décennies qui ont précédé l'abolition de l'esclavage. Joubert (1948, p.107) par exemple souligne que "La population avait évolué à la Martinique de 10.800 hommes libres de couleur en 1826 à 32.600 en 1842 ; la Guadeloupe passant aux mêmes dates de 9.500 à 26.000 hommes de couleur libres ; mais c'est insuffisant, il restait en 1842, 76.000 esclaves à la Martinique et 92.000 à la Guadeloupe". En fait l'opinion publique depuis le début du 19ème siècle condamnait de plus en plus ouvertement la traite et l'esclavage lui-même et conséquemment le renouvellement de la main-d'oeuvre devenait de plus en plus difficile. Ce mouvement de libération des esclaves (soit par rachat de leur liberté par connaissance de la paternité du planteur) amena une lente diminution du nombre des esclaves. Entre 1826 et 1842 la Martinique en perdit 5.000 et la Guadeloupe 4.000 (Joubert, 1948, p. 107).

Ainsi, 32.600 hommes de couleur sur 108.600 à la Martinique en 1842 contre 26.000 sur 118.000 soit 22% à la Guadeloupe étaient libres 4. De ce groupe d'Antillais de couleur libres, près de la moitié aurait pris la direction des villes mais l'autre moitié aurait préféré s'établir comme exploitants agricoles sur les terres inoccupées. Si on ajoute à ce groupe de petits exploitants agricoles un nombre indéterminé (mais relativement élevé, surtout en Guadeloupe où les zones agricoles vierges étaient peu étendues) d'esclaves marrons, on peut supposer l'existence avant même l'abolition de l'esclavage d'une petite paysannerie indépendante de couleur relativement importante. Un indice intéressant qui souligne l'impact de ce mouvement d'émancipation pré-abolitionniste est celui de l'accroissement important des cultures vivrières-maralchères qui passent de 5.430 ha en 1826 en Guadeloupe à 16.386 ha en 1847 (Lasserre, 1961, tome 1, p. 393).

Toutefois une certaine dépendance face au travail salarié sur les plantations devint le sort de la nouvelle classe de petits propriétaires qui dès la seconde

4 Revert (1973, p.22) précise que le groupe des sang-mêlés passe de 658 en 1701 à 1.295 en 1738, 2.268 en 1769, 5.235 en 1789 pour atteindre 38.729 en 1847.

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