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Raymond MASSÉ, LA FIN DES PLANTATIONS ?... (1980)30

moyennant un droit d'exploitation. Enfin "à la fois par besoin financier, et pour fixer de la main-d'oeuvre près de leur habitation, de nombreux propriétaires vendirent des lopins de terre à leurs anciens esclaves, aux lisières de leurs propriétés. Étant donné l'exiguïté de ces parcelles, les nouveaux affranchis se trouvaient aussi dans l'obligation de travailler à la tâche à l'entreprise ou à la journée sur les terres des anciens maîtres" (Lasserre, 1961, tome 1 : 394). Ce fut l'établissement des premières formes de colonage.

Une deuxième forme d'intervention pour lutter contre l'exode de la main-d'oeuvre est appliquée par l'État. Par un décret d'avril 1848, le Gouverneur de la Martinique ordonne une nouvelle répartition de l'impôt qui devant être payé en argent oblige tout le monde au travail salarié. Un comité formé à Fort-de-France au lendemain de l'abolition organise des tournées dans chaque commune pour inciter les 'nouveaux libres' à travailler dans les ateliers et sur les plantations. "Un arrêté du 21 août organisait la police, une décision du 22 août portait création d'ateliers de discipline (pour l'éducation morale, religieuse et du travail) et un arrêté du 15 septembre 1848 punissait d'amende et d'emprisonnement tous ceux qui ne pouvaient justifier de moyens de subsistance et un métier habituel et ce, même s'ils avaient un domicile certain" (Renard, 1973 : 116). Le résultat de toutes ces mesures d'incitation au travail fut que le nombre des contribuables inscrits à l'état civil passe de 55.000 à 76.000 et que l'on constate chez les travailleurs "une plus grande régularité dans les habitudes, une soumission parfaite au propriétaire, beaucoup moins de mutations dans les ateliers" (cité des Archives par Renard, 1973 : 124). Ce régime de contrôle du travail salarié 'libre' durera jusqu'en 1884, et contribuera à favoriser la recherche de la part des petits exploitants agricoles, d'un travail salarié occasionnel sur les plantations ou pour les usines et distilleries.

Constatant que le travailleur de couleur salarié ne démontrait pas un travail d'une productivité supérieure au travail des esclaves, la Direction de la Martinique proposa la solution du travail à la tâche, selon lequel le travail reçoit un montant forfaitaire pour une quantité précise d'un travail donné. Les petits exploitants qui ont acheté un bout de terre aux planteurs rembourseront les dettes contractées à l'achat sous forme de 'tâches' ou de journées de travail sur la plantation fournissant ainsi aux plantations la main-d'oeuvre requise.

Ces divers moyens auxquels eut recours le capitalisme sucrier pour se soumettre la main-d'oeuvre rurale antillaise, ne furent toutefois pas suffisants pour

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