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Raymond MASSÉ, LA FIN DES PLANTATIONS ?... (1980)33

Quel fut l'apport réel de cette immigration à la crise économique qui a suivi l'abolition de l'esclavage ? La plupart des chercheurs qui se sont attardés à cette question concluent que l'impact réel sur le développement de l'économie coloniale fut minime. Non pas que ces travailleurs immigrants aient constitué une main-d'oeuvre de mauvaise qualité. En fait, ils ont au contraire résolu en grande partie le problème de la pénurie de main-d'oeuvre. Les problèmes économiques de la seconde moitié du 19ème siècle se sont plutôt développés à la faveur de la lenteur avec laquelle les colonies antillaises ont su diversifier leur production et moderniser leurs techniques agricoles et industrielles de même qu'à cause de la structure de dépendance des colonies face à la métropole.

Renard souligne d'ailleurs que le nombre d'immigrants n'a jamais été suffisamment élevé par rapport aux attentes à cause des difficultés que rencontraient les "importateurs" à remplir complètement leurs contrats. En plus ces immigrants coûtaient très cher et ce malgré des aides substantielles de l'État. Le salaire moyen des employés des plantations n'a pas baissé.

L'immigration a-t-elle sauvé l'économie ? Renard répond qu"'il est permis d'en douter. En 1857, nous verrons que la production a retrouvé son niveau d'avant 1848 ; or au 31 décembre 1856, il n'y avait que 3.000 immigrants dans la colonie (Martinique) ; leur nombre ne dépassera guère 15.000 ou 16.000, alors que celui des cultivateurs indigènes est supérieur à 40.000" (1973 : 112).

Finalement les contractuels indiens ou africains n'ont pas développé un goût poussé pour le salariat agricole, l'échéance des contrats ouvrant deux portes principalement : le rapatriement ou l'établissement sur une petite exploitation agricole où les Indiens s'attachent à une agriculture vivrière/maraîchère. Provenant des milieux ruraux de l'Inde, les «coolies» libérés de leur contrat fuiront les plantations et joindront les rangs de la classe des petits exploitants agricoles. Encore aujourd'hui 59,2 % de la population active indienne de Guadeloupe travaille dans le secteur primaire (Singaravelou, 1975 : 107). Rejetée par les groupes des Blancs créoles et des Antillais d'origine africaine, jugée comme force de travail concurrente et néo-exclavagisée, la main-d'oeuvre coolie fera longtemps l'objet d'une discrimination et d'une exploitation éhontée. Formant soit un sous-prolétariat urbain, soit une petite paysannerie pauvre, elle jouera en tant que bouc émissaire des paysans noirs un rôle de division dans la classe paysanne pauvre.

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