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Raymond MASSÉ, LA FIN DES PLANTATIONS ?... (1980)84

plantations. Il s'agit des "gens casés". Ces derniers étaient des ouvriers agricoles qui habitaient avec leur famille des cases ou des maisons qu'on leur allouait sur l'habitation même. Ils jouissaient en même temps d'un petit lopin de terre qu'ils cultivaient en vivres et en arbres fruitiers,mais s'engageaient à ne travailler que pour la seule habitation qui fournissait la parcelle de terre. On n'en retrouve pratiquement plus à la Martinique où le colonat partiaire a remplacé ce type de rapport à la plantation.

Toutes ces données sur l'activité du chef d'exploitation, de même que sur l’âge moyen et le sexe des exploitants semblent montrer des signes sérieux de marginalisation de l'agriculture en tant que secteur global d'activité et de "décomposition" de la petite paysannerie martiniquaise. Mais que se passe-t-il alors avec ces Antillais ? Les multiples constructions idéologiques qui ont pris la forme des théories racistes, psychologistes ou sociologiques avaient-elles donc raison dans leur démonstration de l'indolence des Antillais, de leur manque d'esprit d'entreprise, de leur irresponsabilité, de leur manque de dynamisme, de leur incapacité chronique à générer une petite agriculture capitaliste, vivante et rentable. Pourquoi donc le petit paysannat se laisse-t-il balancer par les flots des crises bancaires et sucrières et laisse-t-il aux blancs créoles de même qu'au capital extérieur toute la responsabilité de la dynamisme économique ? Peut-être est-il vrai après tout, selon les dires des théories racistes que les noirs antillais sont affaiblis par les parasitoses de toutes sortes, par les caractères génétiques déficients de leurs ancêtres africains qui auraient pu leur être transmis au fil des générations, par le démantèlement de leur mémoire collective, démantèlement imposé d'ailleurs par les conditions du système esclavagiste, par des survivances culturelles africaines ou encore par l'héritage des structures coloniales ?

Or comme nous le rappellent Giraud et Jamard (1978, 228-29) le psychologisme et le culturalisme sous-jacent à ces explications "tombe sous la critique générale qu'on peut faire à toute conception qui oublie que c'est plus dans la réalité sociale objective que dans la conscience qu'en ont les acteurs sociaux qu'il faut chercher l'explication de leur conduite". Peut-être ces conceptions n'ont-elles pour effet que "de masquer les véritables rapports d'exploitation et la situation de dépendance actuelle" (Idem ; 229). D'ailleurs si l'on définit le rapport au travail comme "le lieu de l'articulation entre les représentations caractéristiques d'une société ou d'un groupe social donné concernant la sphère du travail et

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