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Thanh H. VUONG

Mais — et sur ce point les Vietnamiens sont quasi uniques - ils réussirent à maintenir une identité nationale, bien que tout autour d'eux fut devenu chinois. Sur quel mythe se fonde-t-elle cette identité nationale? Ne serait-ce pas cette tendance de s'émanciper du Chinois assortie d'une tendance à assujettir l'Indianisé?

L'opposition au gouvernement chinois se développa au fur et à mesure que l'occupation chinoise se faisait plus serrée et plus brutale. Finalement, ce qui pourrait être considéré comme un banal incident d'occupation étrangère: l'exécution d'un petit seigneur féodal déclencha une conflagration. En 39 avant J-C, la veuve de ce seigneur exécuté, Trung Trac et sa soeur Trung Nhi, levèrent une armée qui, en une série de sièges rapides, écrasa les garnisons chinoises dont la discipline s'était relâchée au cours des années. En 40 après J-C, les Vietnamiens, à leur grande surprise, se trouvèrent, pour la première fois depuis 150 ans, libérés de la domination étrangère. Et les soeurs Trung furent proclamées reines du pays. De nos jours, les Vietnamiens leur vouent un culte comme à tous les patriotes qui ont bouté dehors le Chinois, comme l'Anglois pour le François.

Dans un empire aussi vaste que la Chine, la réponse fut évidemment lente, mais quand elle se manifesta, elle fut effective et efficace. Le vieux général Ma- Yuan commença une contre-attaque en 43 et les troupes des deux reines commirent l'erreur fatale d'affronter en rase campagne les troupes régulières de l'armée chinoise aguerrie, les succès militaires pécédents dans les escarmouches les enivrè­ rent. De plus, elles avaient dans leur dos les falaises de la rivière Day. La bataille décisive eut lieu au même endroit où 1908 ans plus tard le général Vo Nguyen Giap opposa ses troupes à celles du maréchal de Lattre de Tassigny après la précédente campgane victorieuse de la R.C. 4 (Route Coloniale 4) dans les montagnes de Cao Bang-Lang Son qui a coûté aux Français de 6 000 à 7 000 morts ou prisonniers, durant la première guerre d'Indochine.

Le résultat fut le même dans les deux cas : les unités régulières plus expérimen­ tées et plus lourdes, se trouvant sur leur terrain, détruisirent les troupes vietnamien­ nes, encore peu rompues à l'art de la guerre. Les deux soeurs Trung, plutôt que de se rendre, se suicidèrent en se jetant dans la rivière. Alors commença une « sinisation » sérieuse du pays, des administrateurs chinois remplaçant presque partout les dirigeants vietnamiens traditionnels. Il y eut quelques soulèvements. L'un, en 248, fut également mené par une femme, Trieu Au; il tourna court presqu'aussitôt et Trieu Au se suicida comme les deux soeurs Trung. L'autre, conduit par Ly Bon, dura de 544 à 547 avant d'être maté. Avec la venue au pouvoir de l'énergique dynastie Tang, après 618, il n'y eut plus aucun espoir de résistance. Le Viet Nam devint protectorat chinois du « Sud Pacifié » (An-Nam en chinois et en vietnamien): « An » signifiant « Paix » et « Nam » désignant « Sud ». Et c'est sous ce nom d'An-Nam, symbole de défaite et d'humiliation que cette région du globe devenait connue du monde extérieur jusqu'au mois de septembre 1945 où eut lieu la déclaration d'indépendance, à Ha-Noi sur la place Binh Dinh, par le Président Hô Chi Minh.

Avec le déclin des Tang réapparurent les espoirs de libération du Viet Nam. Débutant en 938, une véritable éruption de révoltes amena, l'année suivante, la défaite des Chinois. En 940, les Vietnamiens étaient les maîtres de leur pays depuis

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