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Thanh H. VUONG

(Indrapura ayant été perdue auparavant) et le royaume Cham, jadis florissant, fut bien près de sa chute. Il avait perdu plus de 500 km de côtes et n'était plus, en fait, qu'un réduit qui s'étendait assez précairement sur les petits deltas de Khan Hoa, de Phan Rang et de Phan Thiet.

Un siècle et demi plus tard, le royaume du Champa avait disparu. À l'excep­ tion du musée « Champa » à Da Nang (Fex Tourane), il n'en reste aujourd'hui qu'une série de tours en ruines, sur les crêtes des plaines côtières du Centre-Viet Nam.

Le royaume Cham a été effacé par le lent « grignotage » des Vietnamiens en cinq siècles environ et le terme « génocide », dénotant l'acte de faire disparaître un peuple sur un territoire, n'a pas ici, dans le contexte de la civilisation chinoise, la même connotation que celle donnée en Occident depuis la Deuxième Guerre mondiale, c'est-à-dire d'un meurtre systématique à grande échelle. Pour le royaume Cham, il s'agissait de la disparition d'une organisation sociale et politique dans le remplacement d'un mode de vie par un autre.

La langue cham peut être entendue, parfois et rarement, encore chez quelques peuplades isolées sur les plateaux, l'arrière-pays montagneux des plaines côtières de Phan Rang, Phan Ri et de Phan Thiet au Sud du Centre-Viet Nam. Environ 30 000 habitants, beaux comme de purs Malais et pratiquant en partie comme eux la religion musulmane, y gagnent tant bien que mal leur subsistance comme pêcheurs et artisans autour des villes vietnamiennes de Phan Rang et Phan Ri. Leur sort est peu différent de celui des Amérindiens.

Au cours de cette entreprise coloniale réussie, car ce ne fut rien d'autre, le gouvernement vietnamien décida de donner au processus employé le statut d'État et, en 1481, les « Don-Dien » furent créés. Comme les Coloniae romaines 1 500 ans plus tôt, comme les Nakhal israéliens 500 ans plus tard ou les Wehrbauern austro- allemands du XVIIIème siècle, les Don-Dien15 vietnamiens étaient des colonies agricoles que l'État octroyait aux fermiers qui, en contrepartie, assuraient la mise en valeur et la défense de la « nouvelle frontière », tout comme les « hameaux de la nouvelle vie » du gouvernement vietnamien des années 1970. Les colons du « Don- Dien » étaient des gens rudes et intrépides, décidés non seulement à défendre ce qu'ils possédaient, mais aussi à étendre et repousser plus loin la frontière un peu plus au Sud jusqu'à l'ouverture de la grande plaine du delta du Mékong où la route vers l'Ouest leur est devenue ouverte sans le franchissement des montagnes de la « cordillère annamitique ».

Cette fois-ci, l'avance vietnamienne se fit au détriment de l'Empire khmer en décomposition. Une telle situation était riche en incidents frontaliers, utilisés pour arrondir le domaine vietnamien. En 1658, tout le Sud-Viet Nam au Nord de Sai- Gon - alors un village cambodgien de pêcheurs dénommé Prey Kor - était aux

15. De « Don » (fortin) et « Dien » (rizière). Le procédé est très classique, depuis la poussée des Chinois vers le Sud pour former le Viet Nam lui-même au « Far West » américain et jusqu'à la « tache d'huile » de Lyautey dans la colonisation française de l'Afrique du Nord. Il s'agit des colonies de peuplement. Le terme « colonisation », de l'occupation et la mise en valeur d'un territoire, a pris une toute autre signification après les « Grandes Conquêtes » de l'Europe.

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