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Thanh H. VUONG

gouvernement vietnamien de Hué exigea que le Cambodge accepte de recevoir des colons à Prey Kor et il envoya un général à la tête d'un « détachement de sécurité » pour protéger ces nouveaux colons.I7 En 1658, un corps expéditionnaire vietnamien intervint dans les interminables luttes intestines pour le trône khmer, tout comme en 1979, 320 ans plus tard, pour calmer les ardeurs des « khmers rouges ». En 1660, le Cambodge commença à payer un tribut régulier de vassalité à la cour de Hué.

Mais le joug vietnamien sur le Cambodge prit une forme plus directe que celle toute théorique et symbolique que la Chine exerçait encore sur le Viet Nam. Ceci éclairant cela, les « guerres pédagogiques » entre la Chine et le Viet Nam et ce dernier avec le Cambodge en hiver de 1979 ne furent que de la politique étrangère asienne banale à la sauce confucéenne.

L'Etat khmer, alors sur son déclin, fut divisé en trois « résidences » viet­ namiennes sous le contrôle d'un Résident Général vietnamien auprès de la cour cambodgienne à Oudong. Les Vietnamiens entreprirent alors de détruire les vestiges de la civilisation khmère, au point que dans les provinces frontalières (comme celle de Chau Doc), cette opération devint (comme pour les Chams) un véritable génocide par assimilation culturelle et élimination au sabre. C'est ainsi que les temples (pagodons) et autels boudhiques furent détruits, le port des vêtements vietnamiens et de la coiffure vietnamienne devint obligatoire, les noms des lieux, des villages et des provinces furent vietnamisés et finalement, le titre de roi fut aboli pour les souverains du Cambodge. Somme toute, ce qu'on appelle « génocide », ici en Extrême-Orient des « révolutions culturelles », c'est beaucoup plus l'élimination des styles de vie et des modes de pensée et d'action plutôt que la liquidation physique des personnes; c'est beaucoup plus du ressort des symboles et de l'imaginaire que des réalités physiques.

Au début du XIX*»* siècle, la reine Ang May (1834-1841), virtuellement prisonnière dans son palais, était officiellement désignée comme simple « chef du territoire de My-Lam.I8 En cela, le Viet Nam obéit aux injonctions de l'antique « École des Noms » de la civilisation chinoise ancrée dans la croyance tenace aux correspondances entre l'ordre du ciel et l'ordre social exprimé par la rectitude des dénominations. Bien entendu, « ordre » s'entend à la fois comme ordonnancement et impératif. La « révolution culturelle » chinoise des années 60 offre un exemple illustratif le plus récent et le plus important de la rectification des dénominations pour rectifier la pensée et l'organisation sociale.

À partir de 1841, une grande partie du Cambodge fut purement et simplement incorporée au Viet Nam pour devenir l'Ouest cochinchinois. Après une rébellion cambodgienne encouragée par le Siam et une courte guerre, le Siam et le Viet Nam

17. Le cinéma d'Hollywood a déjà présenté de multiples versions de ce scénario dans les films de John

18.

Ford avec John

Wayne !

A. DAUPHIN -

MHUNIHR,

Histoire

du

Cambodge,

Paris, PUH. 1961, pp. 71-104; J. BUTTINGBR,

op. cit. p. 270, en omettant de mettre l'accent sur le colonialisme vietnamien (qui, jusqu'aujour­ d'hui, a empoisonné les relations entre ces pays et dont les opérations de police ou de « pacifica­ tion » des troupes vietnamiennes au Cambodge depuis 1979 ne sont que la continuation ou une version moderne de ce colonialisme), dit seulement que le Viet Nam « a fait preuve de vitalité en se développant régulièrement aux dépens du Cambodge ».

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