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LES COLONISATIONS DU VIET NAM ET LE COLONIALISME VIETNAMIEN

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se combattirent sans résultat. Après ce match nul, les deux pays se mirent d'accord pour faire du Cambodge un « condominium » qui ne prit fin qu'avec et par l'établissement du protectorat français en 1863.

Une politique analogue dans le nord du Laos avait amené sous domination du Viet Nam, depuis le XVIèmc siècle, l'important plateau du Tran-Ninh, plus connu aujourd'hui sous le nom de « Plaine des Jarres ».

À la même époque en Europe, les XVIèmc et XVIIème siècle furent témoins d'un processus de regroupement national; et en dehors de la Russie, seule l'Autriche- Hongrie devait survivre comme État multinational jusqu'en 1918 et aucun nouvel État ne parvint à l'indépendance par l'assimilation ethnique des territoires étrangers. Le Viet Nam procéda de manière inverse: il se tailla un territoire national par la conquête militaire et l'assimilation ethnique des nations dont le niveau de civilisa­ tion était égal, sinon supérieur, au sien.

En d'autres termes, le Viet Nam n'invoquait pas la morale d'une « mission civilisatrice » pour se constituer un territoire national par la conquête militaire et l'assimilation ethnique. Son action, comme le « Drang nach Osten » germanique, se présentait comme une simple manifestation de la grande vitalité de son peuple.

Vitalité que Paul Mus attribue à cette « microsociologie » qui fonde la rusticité du monde rural vietnamien.

C'est bien à tort que les Chinois riaient en cachette de ces humbles institu­ tions, réduites presqu'au sol. Elles ne leur ont pas cédé. Le Viet-Nam est, avant toute chose, une manière d'être et d'habiter dont l'expression et l'instrument d'expansion sont le village, puis le foisonnement des villages, et enfin un grappe uniforme de villages rizicoles, - carroyant, une fois pris, le pays qu'il y avait à prendre soit sur la nature sauvage, soit sur d'autres peuples. C'est ainsi qu'historiquement, tout près de nous, l'avance d'un front de villages peuplés de colons militaires, pénaux ou libres a fait de la Cochinchine, pays khmer, une terre vietnamienne comme les autres. C'est à ce niveau que se montre le mieux le caractère secret et dense, humain cependant, de cette nation.19

Vincent Lemieux20 rappelle encore (à propos de la « macrosociologie » et la « microsociologie », les types microsociologiques, ou formes de sociabilité, les types de groupements et les types de société globale) que « Mus précisait cette opposition dans ses cours de 1958 et de 1959, consacrés à l'analyse des sociétés asiennes.

Il y a une organisation quand il y a une autorité, des règles, du conscient... Au contraire, la sociabilité lie les gens d'une manière lâche, plastique qui n'est pas formelle.

  • 19.

    P. Mus, op. cit., p. 20.

  • 20.

    Vincent LEMIEUX, « Réseaux et pratiques de communication dans les masses », conférence au

colloque international « des masses » tenu à l'université Laval les 26-29 septembre 1985.

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