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LES COLONISATIONS DU VIET NAM ET LE COLONIALISME VIETNAMIEN

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nation dans les moments de crise (situation critique et cruciale), comme ce fut précisément le cas ces dernières années.

Ayant consolidé leur prise de possession du littoral Cham et du delta du Mékong khmer, les Vietnamiens commirent apparemment la même erreur que leurs prédécesseurs Cham et Khmer: ils ne donnèrent pas à leur pays une profondeur suffisante. Grouillant dans leurs deltas exigus, bien peu de Vietnamiens éprouvèrent le désir d'affronter les forêts inhospitalières et les tribus primitives des hautes régions et, à part quelques installations établies avec l'aide du gouvernement dans les deux zones, 95 % de tous les Vietnamiens « de souche » habitent les terres dont l'altitude n'excède pas 300 m.

Dans les hautes régions du Nord, les tribus farouches des Thaï, Muong et des Tho toléraient la suzeraineté des Vietnamiens avec autant de bonne grâce que ceux- ci avaient supporté leur propre soumission aux Chinois. Les mandarins vietnamiens exigeaient d'elles des tributs d'ivoire, de bois précieux et d'opium, mais ils laissaient ces tribus sous la direction de leurs chefs coutumiers et traditionnels et les Annales vietnamiennes relatent de fréquentes révoltes des montagnards. En fait, les Thaï atteignirent une quasi indépendance entre le milieu du XVIIIème siècle et l'arrivée des Français en 1983, au moment où l'État vietnamien est affaibli par des luttes dynastiques, tout comme le Viet Nam lorsque la Chine se trouve en difficulté.

Quant aux tribus plus primitives du Sud, les rois vietnamiens reconnurent sagement qu'elles constituaient un « tampon » qui les protégeait des Khmers et des Siamois hindouisés encore dangereux, et ils les laissèrent administrer leurs affaires comme elles les entendaient, après que toutefois leurs chefs eurent fait acte de soumission (pure forme d'ailleurs) et eurent payé un tribut symbolique. Ces relations directes entre la couronne et les tribus montagnardes (comme celles entre les habitants des îles anglo-normandes et la couronne britannique) se poursuivirent jusqu'à l'abolition des « domaines de la couronne » à l'abdication de S.M. Bao Dai, l'avènement de la « République du Sud-Viet Nam » en octobre 1955.

Sans l'aide active et passive apportée par ces tribus septentrionales et méridio­ nales, le « Viet Minh » et le « Viet Cong » n'auraient pas pu gagner les deux guerres d'Indochine: le gouvernement vietnamien s'étant réfugié sur les Hauts Plateaux du Viet Bac, la « piste Ho Chi Minh » se frayant son chemin sur leur territoire et les plus grandes batailles eurent lieu dans les hautes régions. Les Français et les Américains comptaient sur le ralliement de ces tribus pour lutter contre les« Viet Minh » et « Viet Cong ». Il n'en fut rien.

Les Vietnamiens des plaines du Sud, malgré leur homogénéité culturelle et sociale, souffrirent, dans le domaine politique, de leur développement trop rapide et de leur éloignement de leur terre d'origine. Après leur victoire de 1975, il n'est pas impossible qu'ils soient sortis du cadre du foisonnement des villages qui a fait leur succès. Avec les moyens de communication traditionnels, le gouvernement établi dans le delta du Fleuve Rouge (à Ha-Noi) était à la longue incapable d'exercer un contrôle effectif et efficace sur les territoires du Sud, éloignés de 1 500 km. Des seigneurs féodaux locaux s'arrogèrent la conduite des affaires, provoquant ainsi des divisions. Dans le Nord, la dynastie « usée » des Le fut supplantée par le

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