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Thanh H. VUONG

gouverneur de Ha-Noi, Mac Dan Dung qui, selon Buttinger l'historien américain, « gravit les marches du trône sur un tapis de cadavres seigneuriaux et royaux » en

1527.

Dans le Sud, un autre seigneur féodal, Nguyên Kim, constitua au Laos un gouvernement en exil autour d'un descendant des Le. Lorsque Nguyên Kim fut assassiné par des partisans du clan des Mac, en 1545, la lutte se transforma en guerre civile qui, hormis quelques brèves périodes d'union, dura presque deux siècles. Selon les mots d'un historien, les trois vietnamiens étaient tenus de régner sur tout le Viet Nam, alors qu'ils étaient incapables de diriger le plus petit district.21

Dans cette lutte indécise, le Sud resta en général sur la défensive. Dans les années 1630 et suivantes, les Nguyên, alors au pouvoir, firent édifier deux grandes murailles à travers la petite plaine vietnamienne du Quang Tri, à l'endroit où elle est la plus étroite, à Dong Hoi — soit à quelques kilomètres de la récente (1954-1975) ligne de démarcation du 17ème parallèle. Pendant 150 ans, le pays resta divisé par ces murs, tout comme il le fut par la ligne de démarcation à la suite des accords de Genève pour mettre fin à la première guerre d'Indochine contre le pouvoir colonial français pour regrouper les troupes du CFEO (Corps Expéditionnaire Français en Extrême-Orient). Cette ligne de démarcation temporaire a été l'enjeu de la deuxième guerre d'Indochine pour réaliser le deuxième thème qui est I'UNITÉ; le premier thème, 1'INDÉPENDANCE, a été réalisé à travers, par et avec la lutte armée et la consécration officielle a été effectuée au prix de cette ligne de démarcation et aux dépens de cette unité militairement contrariée par les Etats-Unis.

De 1673 à 1674, une trêve de facto exista entre le Nord et le Sud, bien que les seigneurs féodaux des Trinh (qui avaient succédé aux Mac comme « protecteurs » des rois Le) aient exigé la reddition des « rebelles » du Sud et que les Nguyên, dans le Sud, aient refusé la réunification, aussi longtemps que les souverains Le seraient des fantoches des Trinh. Cette tranche de l'histoire, banale somme toute des luttes dynastiques, a inspiré beaucoup de pièces du théâtre populaire qui servaient à la propagande de Bao Dat, de Diem et de leurs successeurs.

On a beaucoup discuté des raisons pour lesquelles les Trinh, ayant les 4/5 de la population sur leur territoire, n'avaient jamais réussi à briser l'étreinte des Nguyên dans le Sud, d'autant plus que ces derniers devaient tenir non seulement la ligne qui les séparait de leurs adversaires du Nord, mais encore leurs nouvelles frontières avec le Cambodge, où les colons vietnamiens avançaient plus profondément vers l'Ouest du delta du Mékong. L'interprétation que nous fournissons est celle des colonies de la « nouvelle frontière » plus hardies, plus imaginatives et plus nova­ trices. L'Angleterre n'a jamais réussi à faire rentrer ses colonies rebelles d'Améri-

21. Paul ISOART, Le Phénomène National Vietnamien, Paris, Librairie Générale de Droit et de Jurispruden­ ce, 1961, p. 25. Il s'agirait, selon Paul Mus (Annuaire du Collège de France, résumé des cours de 1968-1969, p. 421), de deux éléments: « à la base une sociabilité coutumière; et en superstructure centralisatrice, religieuse, culturelle et administrative, réglant et entretenant le sentiment collectif qui, en dernière analyse, paraît la fonder, à savoir le sentiment d'avoir sa chance ensemble qui, là où elle existe, est le plus proche équivalent de notre sentiment national non sans de fortes analogies, sous le contraste des croyances et des cultures ».

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