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LES COLONISATIONS DU VIET NAM ET LE COLONIALISME VIETNAMIEN

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que dans son ordre; les colons d'Amérique avaient alors leurs « nouvelles vies » à défendre contre l'ancien ordre britannique. Les colons vietnamiens avaient leur nouvelle « terre promise » à défendre contre l'ordre ancestral assuré à Hanoï par une dynastie « usée » qui semblait ne plus avoir les faveurs du ciel.

Au siècle de l'expansion coloniale européenne, les deux parties de ces luttes dynastiques recevaient chacune une « aide étrangère » : les Hollandais soutenaient le régime du Nord et les Portugais celui des Nguyên, tandis que les missions catholiques prospéraient dans les deux zones. La scène est mise en place par les conseillers militaires, le matériel de guerre et les missionnaires occidentaux pour la colonisation française du Viet Nam, en retard pour le dépeçage de la Chine. En effet, tous les écoliers de France et Navarre ont appris que l'Indochine est devenue française à partir d'une erreur, en voulant pénétrer en Chine par la remontée du Mékong (les bordures côtières de la Chine étaient déjà interdites aux Français par les autres puissances coloniales occidentales).

IV - LA COLONISATION FRANÇAISE DU VIET NAM

Celle-ci a été contée, maintes fois, par les colonisateurs français et les colonisés vietnamiens. Il suffit de tracer ici les grandes lignes qui, après les premiers contacts avec les Européens22, sont dans l'alliance du sabre et du goupil­ lon, alliance qui fut le fer de lance et le bréviaire du colonialisme européen de grand-papa justifié par la « mission civilisatrice ». Le néocolonialisme d'aujour­ d'hui, lui, a l'originalité de remplacer la terreur par la technologie et s'est rationalisé (dans la signification freudienne d'autojustification a posteriori et de construction névrotique) par, avec et à travers la « Science ».

Le siècle de la révolution machiniste, des engins à vapeur, de l'évolution- nisme, du darwinisme, des nationalismes, mais aussi de la lutte des com­ munards, des impérialismes, le siècle des merveilles fut certainement positiviste et utilitariste, mais il fut avant tout animé par la conviction que la pensée scientifique était le moteur de tout progrès. Sous les regards optimistes de l'époque, un nouveau dogme se fraye un chemin à la suite surtout des nombreuses interventions publiques des principaux promoteurs de la pensée positiviste: le dogme de la promotion générale par la science qui prendra la place de la religion.23

  • 22.

    Les contacts les plus anciens entre le Viet Nam et l'Occident dont on ait conservé les traces remontent à 166 après J-C. À cette époque, les annales du GIAO CHI (région entourant le delta du Fleuve Rouge et administrée par les Chinois) relatent qu'un Romain envoyé par l'empereur « An- Tun » (Marc-Antoine qui régna de 161 à 180 après J-C) visita le pays. On a retrouvé à Oc-Eo, dans le Sud-Viet Nam, une médaille romaine en or datée de 152 après J-C. C'est précisément le mot « Giao Chi », dont Marco Polo déforma la prononciation, qui donna finalement naissance au mot « Cochin », auquel on ajouta le mot « Chine » par souci de clarté: ainsi le nom « Cochinchine » devint pour plusieurs siècles la désignation du Viet Nam la plus connue en Occident, avec le nom de « An Nam » donné par les Chinois à toute cette région.

  • 23.

    Alf SCHWARZ, auteur de l'article « La sociologie en Afrique ou les enjeux véritables du paradigme du développement international » dans la Revue canadienne des études africaines volume 13, n° 1-2, 1979, pp. 89-160. Publication de l'Association canadienne des études africaines, Québec. Au- delà du terme « néo-colonialisme » et dans les relations internationales, l'alibi de la « mission civilisatrice » peut très bien être remplacé par celui du « développement international ».

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