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Thanh H. VUONG

Dans la ponctuation choisie (ou découpage en intervalles privilégiés d'une séquence comme celle de oeuf-poule-oeuf—) en commençant par le « sabre » qui conduit au « goupillon », le contact le plus durable entre le Viet Nam et l'Europe commença en 1535 avec le débarquement à Faïfo du capitaine portugais, duc d'Albuquerque, Antonio da Faria, et l'établissement qui en résulta de comptoirs rivaux portugais et hollandais. D'autre part, des missionnaires catholiques étaient venus sans doute avant da Faria; mais ce n'est qu'en 1651 qu'une mission catholique permanente fut installée au Viet Nam.

Cependant, c'est à un autre prêtre français (d'origine juive marrane, semble-t- il), Mgr Alexandre de Rhodes, que l'on doit l'établissement du catholicisme au Viet Nam et son ancrage culturel (en termes d'attitude et de valeur), au-delà de l'aspect religieux des rituels magiques. Autrement dit, ce n'est pas seulement en tant que religion, mais également en tant que facteur de civilisation. Le Viet Nam a cette particularité d'être profondément sinisé sous un vernis français superficiel. Et on revient à ce mot de Hô Chi Minh, en 1946, rapporté par Paul Mus (1952, p. 85): « Plutôt flairer un peu la crotte des Français que manger toute notre vie celle des Chinois. »

Arrivé au Viet Nam en 1626, à l'âge de trente-cinq ans, Alexandre de Rhodes entreprit d'unifier les diverses transcriptions de la langue vietnamienne faites par ses prédécesseurs, en un alphabet latin cohérent accompagné d'accents toniques et de signes diacritiques. L'écriture latinisée est appelée « quoc ngu »: littéralement « langue nationale », en contraste à l'écriture classique en idéogrammes chinois, tout comme le « kanji » (littéralement « chinois ») pour l'écriture japonaise.

Comme on ne pense qu'avec des mots, la manière de penser et la vision du monde ou « Weltanschauung » des Vietnamiens se sont modifiées en une mixture avec la pensée chinoise. Il serait intéressant de noter la dénomination de « langue nationale » {quoc ngu) donnée à l'écriture vietnamienne alphabétisée et francisée. Dans la colonisation, on place l'importance beaucoup plus sur l'assimilation culturelle comme oppression ontologique que sur l'exploitation économique. Cette dénomination peut être interprétée comme un signe de la tendance tenace à s'échapper de la domination chinoise, même au prix de la soumission à une autre puissance.

Cette tendance, à travers ses expressions au cours des siècles, éclairerait les politiques et les alliances du Viet Nam vis-à-vis de I'URSS et de la Chine dans les années 1970-1980. Vis-à-vis de la France, qui a une place privilégiée dans l'histoire récente du Viet Nam qu'elle n'a pas toujours su prendre, cette déclaration24 du Président Ho Chi Minh à un journaliste américain de l'agence Associated Press, le 11 septembre 1946 (au moment de l'échec de la conférence de Fontainebleau sur le statut du Viet Nam indépendant au sein de l'Union française, échec que la culture française de Hô Chi Minh lui fait nommer de « bonjour de Fontainebleau » avec un clin d'oeil aux « adieux de Fontainebleau » de Napoléon), doit être comprise dans

24. Jean LACOUTURE: HÔ Chi Minh, Paris, Seuil, 1977, p. 127. Le portrait de Hô Chi Minh, produit et producteur de l'histoire récente du Viet Nam.

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