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LES COLONISATIONS DU VIET NAM ET LE COLONIALISME VIETNAMIEN

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sa pleine signification confucéenne: « Il n'y a pas de discorde véritable entre nous. Nos divergences sont celles que l'on trouve au sein de chaque famille... ».

Dans la confusion entre parole et langage, la difficulté était sans doute de discerner le langage vietnamien confucéen derrière les mots français, surtout après la subtilité et l'érudition à la française du « bonjour de Fontainebleau ».

Le deuxième prêtre catholique à avoir sa place sur les autels des ancêtres au Viet Nam fut Mgr Pigneau de Béhaine, évêque d'Adran, qui a épousé la cause du jeune prince Nguyên Anh, alors âgé de seize ans, qui errait en fugitif dans son pays ancestral. Nguyên Anh fut contraint de s'exiler au Siam et Mgr Pigneau ne désespéra pas pour autant: il se rendit en France en 1787 (une France dont la banqueroute financière et morale allait déclencher deux ans plus tard la Révolution), avec l'ultime espoir de rassembler une armée pour sauver sa « seconde patrie bien- aimée ». Ce fut un échec. Néanmoins, il réussit à recruter 300 aventuriers français dans les comptoirs français de l'Inde. Avec quelques pièces d'artillerie et deux bateaux, l'expédition se mit en route le 19 juin 1789, à moins d'un mois du jour de la prise de la Bastille, pour le Viet Nam.

Après une série de victoires rapides sur les Tay Son qui ont éliminé les Trinh du Nord, Nguyên Anh accéda au trône et prit le nom de Gia Long en 1801. La Chine, toujours puissance tutélaire, le confirma dans le titre d'empereur d'An Nam en 1802, en lui envoyant le sceau tributaire. Gia Long donna à son empire son nom actuel de « Viet Nam » et installa la capitale à Hué, située dans une position plus centrale que Hanoï, démarquant ainsi la nouvelle dynastie des Nguyên au Sud et favorisant l'expansion coloniale vietnamienne dans la plaine alluviale du delta du Mékong ouvert vers l'Ouest, vers le Cambodge et le delta du Ménam occupé par le Siam.

Mrg Pigneau, usé et participant aux campagnes militaires, mourut le 9 octobre 1799 sous les murs de la forteresse de Qui Nhon, dans le Centre Viet Nam, et fut enseveli à quelques kilomètres de Saigon avec tous les honneurs dus à un duc et un pair vietnamien. Comme c'est aussi le cas de quelques intellectuels, soldats et officiers vietnamiens, avec tous les honneurs dus à un « grand » Français. Ces rituels impériaux et républicains éclaireraient les « divergences au sein de chaque famille » dont parlait Hô Chi Minh.

Les successeurs de Gia Long (Ming Mang, Thieu Tri et Tu Duc) n'eurent ni l'imagination, ni l'intelligence des forces et des faiblesses de l'Occident de leur ancêtre. De plus, Gia Long eut affaire avec l'Occident à un moment où celui-ci était livré à la confusion d'une « guerre civile » étendue à toute l'Europe par les armées napoléonniennes, mais ses successeurs eurent affaire à des États européens dont la puissance tendait largement vers l'expansion coloniale. Le heurt fut inévitable et le résultat prévisible.

L'intervention française au Viet Nam s'inscrivit dans un plan européen visant à ouvrir la Chine au commerce occidental, sous des prétextes de protection des chrétiens persécutés. La « politique des canonnières » se manifesta en 1845 par la frégate américaine uss Constitution et le mouillage devant Tourane (aujourd'hui Da Nang, lieu des premiers débarquements des troupes terrestres américaines qui n'ont

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