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Thanh H. VUONG

pas pu établir la paix et la démocratie américaines au Viet Nam à la fin du XXème siècle) de l'escadre franco-espagnole, le 31 août 1858, commandée par l'ami­ ral Rigault de Genouilly. Le 18 février 1859, Saigon est emportée. Deux ans plus tard, la plus grande partie du delta du Mékong était devenue une tête de pont française. Le même scénario se reproduira en 1945 avec l'escadre anglaise et des éléments de la colonne Leclerc.

Cependant, l'empereur Tu Duc refusait toujours de capituler et les guérilleros bien organisés rendaient la vie insupportable aux Français. Finalement, Tu Duc accepta les demandes françaises touchant à la liberté religieuse et à celle du commerce, ainsi que la possession de Saigon, car une révolte venait d'éclater dans le Nord-Viet Nam, sous la conduite d'un lointain descendant de la dynastie des Le. La guerre de 1870-71 entre la France et la Prusse arrêta temporairement l'expansion coloniale française en Extrême-Orient.

La bêtise, l'ignorance et la violence n'ont pas de statut national ou idéologique. Beaucoup d'Américains partagent avec leurs contemporains communistes cette conception simpliste du colonialisme. Loin d'être un « grand dessein » élaboré par un gouvernement de militaristes avides aux ordres de financiers, l'occupation du Viet Nam par les Français fut une succession embrouillée d'improvisations et de « faits accomplis » d'aventuriers comme celui de Francis Garnier, un jeune officier de Marine, dont le zèle a dépassé les bornes des ordres, qui « libéra » tout le Tonkin. Au Viet Nam, chaque nouveau mouvement français d'étalement en « tache d'huile » déclenchait des attaques de patriotes vietnamiens. Paul Mus25 a cité cette pancarte plantée sur la rive par les insurgés de Gaong et relevée par une des canonnières en 1862. On peut la trouver citée aussi par le Contre-Amiral Reveillère dans une remarquable étude sur « le Nationalisme Annamite » parue dans la « Revue Indochinoise » de 1902.

Tous les habitants de la province de Gaong font d'un commun accord cette déclaration. En perdant le gouvernement de notre roi nous sommes dans la même désolation d'un enfant qui a perdu son père et sa mère. Votre pays appartient aux mers occidentales, le nôtre aux mers de l'Orient. Comme le cheval et le buffle diffèrent entre eux, nous différons par la langue, par l'écriture et les moeurs. L'homme fut créé autrefois par races distinctes. Partout il a la même valeur mais sa nature n'est pas la même. La reconnais­ sance nous attache à notre roi. Nous vengerons ses injures ou nous mourrons pour lui. Si vous persistez à porter chez nous le fer et la flamme, le désordre sera long, mais nous agirons selon les lois du ciel. Notre cause finira par triompher. Si vous voulez la paix, rendez à notre roi son territoire. Nous combattons dans ce but. Vous avez pris nos provinces pour ajouter aux richesses de votre empire, à l'éclat de votre renommée. Voulez-vous une rançon en échange de notre territoire? Nous la payerons pourvu que vous cessiez de combattre et que vous reconduisiez vos troupes dans vos conces­ sions. Nous aurons même pour vous de la gratitude et votre gloire sera connue de l'univers. Voulez-vous une concession pour vaquer dans le pays à vos

25. P. Mus, op. cit., p. 224.

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